Livre : La pratique féministe en récits

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Un livre écrit à vingt-deux mains aborde le sujet des agressions sexuelles en milieu militant. Au cours de textes passionnants, il explicite les références théoriques féministes qui auront été utile à leur combat.

Le point de départ du livre est une agression sexuelle : lors du rassemblement d’un réseau d’éducation populaire, une membre a été agressée par un autre. Suite à cette attaque, qui fait hélas partie de l’histoire répétée des « groupes anticapitalistes », les onze femmes du collectif d’écriture ont décidé de politiser ce qui est supposé être une « affaire privée ». Elles ont choisi de « faire classe » contre les violences masculines. Elles déroulent alors un témoignage et une analyse des plus utiles, avec toute la complexité et le caractère éprouvant d’une telle démarche.

Dans une « situation limite » pareille : que faire ? qui est responsable ? coupable ? une mise à plat ne risque-t-elle pas de fragiliser ou de discréditer le réseau ? doit-on faire appel au droit ? quels sont les enjeux respectifs dans la mixité du réseau et dans la non-mixité du collectif-écrivain ? quelles sont les conditions structurelles et internes au réseau qui ont facilité l’agression ? Quelles résistances masculin(iste)s se déploient contre la dénonciation des violences ? Voilà quelques-unes des questions, lourdes d’implications, auxquelles le collectif s’est confronté.

Les récits – quasi 300 pages – sont d’une grande lisibilité et sans jargon prétentieux. Des apartés introduisent les méthodes utilisées en éduc’ pop’ : le débat en pétales, l’entraînement mental, les cadeaux de lecture, l’enquête conscientisante, etc. Les auteures montrent les points d’appui qui leur ont permis de gagner en force ; par exemple, la présence d’alliées ressources hors du réseau : AVFT, Questions d’égalité, ASSPA. Elles leur donnent la parole ici sous forme d’interviews. Et au sein des différentes parties, de courts récits autobiographiques viennent compléter et expliquer le « Pourquoi féministe ? » de chacune des participantes : Alexia M., Emilie Viard, Marie C., Diane K., Annaïg Mesnil, Natacha R., Katia Storaï, Cécilia G., Mélo P. G., Tiffanie D., Audrey P.

Le cadre théorique est celui du féminisme matérialiste, mais avec quelques échappées, entre autres, vers Butler ou Federici. Et, à travers le récit du combat mené, c’est finalement un outil pédagogique qui se dessine, avec des synthèses sur le droit, sur des textes éclairants, ou sur des concepts clés – genre, matérialisme, intersectionnalité, etc. L’ouvrage, qui mêle abondement pratique, théorie et vécu, est particulièrement tonifiant. Sa force est de proposer des réponses concrètes et des outils de réflexion.

Jusqu’à présent, à ma connaissance, il n’existait pas d’outil propre à l’éducation populaire spécifiquement sur le féminisme. Ce manque, révélateur, est désormais comblé. Le livre est indispensable pour les réseaux d’éduc’ pop’, certes, mais aussi pour l’ensemble des militantes et militants de gauche.

Yeun (ami d’AL)

  • Collectif, Éducation populaire & féminisme – Récits d’un combat (trop) ordinaire. Analyses et stratégies pour l’égalité, éditions La Grenaille, 2016. Commandez-le pour 20,60 euros (chèque à l’ordre de La Trouvaille) : La Trouvaille, 11, square de Galicie, apt 4293, 35200 Rennes.
 
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