Livre : « Une révolte en toute logique, Des banlieues en colère »

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Ce pays, la France, vit sous le signe du quadrillage policier, de ses violences et brutalités. « Le pays, ce sont les gens qui y vivent » , « Qui vit ici, est d’ici » ! La révolte des jeunes des cités nous le rappelle.

Le surgissement des émeutiers de novembre est sans aucun doute l’un des faits « politiques » majeurs des vingt-cinq dernières années en France. La mort de deux jeunes à Clichy, le mensonge d’Etat sur leur mort, les propos inacceptables de Sarkozy traitant les gens des cités de « racailles » - car que ne visait-il d’autres que les gens et pas simplement les jeunes ? - n’ont été que des éléments parmi d’autres du réel de la vie des cités. Cités où depuis des années, l’Etat envoie sa police comme on lâche une meute de chiens, où la politique de l’Etat consiste à faire des cités des « zones », où les gens ne sont plus comptés comme des gens mais comme un problème. Un « problème » auquel est apportée comme « solution » le quadrillage policier et des pratiques hors la loi, où la bavure est la règle.

A cette situation, une révolte réelle, un mouvement réel, une logique anti-étatique et antipolicière a répondu. La violence tant décriée n’est que la logique des conséquences des brutalités et des haines racialistes de l’Etat, son mépris des gens.

L’ampleur de l’émeute, c’est-à-dire sa force, fut qu’elle ne demanda rien à personne, ne se donna aucun « leader », aucune organisation. Elle ne répondait qu’à la politique de l’Etat. Faire exister un « On existe ».

C’est en cela qu’elle contraste d’avec le mouvement antiCPE, qui ne visait qu’à faire retirer une « mesurette » d’un dispositif plus large de la politique drastique d’un gouvernement de droite. CPE : révolte ou revendication ? Violence et affrontement comme conséquence, ou manifestation ordonnée pour assurer de sa bonne foi de mécontents ? Voilà des différences considérables.

Les émeutiers de novembre décidèrent d’affronter l’Etat sur un point central de son dispositif politique : l’éradication, la mise sous contrôle, l’humiliation policière quotidienne, la discrimination - la mise au ban - d’une partie de la jeunesse des quartiers populaires. Cette mise au ban « des racailles », des « casseurs » se fait au nom d’une indisposition qu’auraient ces jeunes à s’intégrer, à reconnaître le bien-fondé de notre République et de notre démocratie. C’est en cela que depuis X gouvernements ils sont devenus un « problème ». Les mots qui les désignent disent qu’ils ne sont pas des gens, que dans ces lieux dits difficiles il n’y a plus de gens. C’est la raison pour laquelle aussi toute organisation politique a déserté les lieux... depuis la fin des années 70. Mitterrand leur avait accordé le droit de marcher jusqu’à République, pendant qu’il assassinait leurs pères ouvriers, devenus bien vite des « immigrés » et eux les marcheurs des « immigrés de la deuxième génération ». Cela alors que leurs familles s’étaient battues pour qu’ils puissent obtenir la carte française et que ce sont donc des Français... Mais pas tout à fait puisqu’ils sont soit de deuxième génération, soit non intégrés, soit encore des « racailles ».

Dès novembre, il eût été nécessaire de prendre fait et cause pour eux, pour la démission de Sarkozy qu’ils demandaient, pour l’arrêt des pratiques policières, pour que justice soit rendue à leurs deux amis morts. Mais il y eut un silence, non seulement celui des organisations et syndicats - le PS par la voix de Dray avait tranché : « ne pas leur donner raison » -, mais celui du pays tout entier ou presque. Chose paradoxale, on ne parla que du silence des émeutiers. Leur courage n’était-il pas assez bruyant ?

Une rencontre possible n’eut pas lieu, pas plus en mars-avril contre le CPE, dont il faut rappeler que la loi en son entier visait à régler novembre. Pour nombre de manifestants de mars-avril, il n’était pas correct de s’afficher avec ces « casseurs ». Certains s’obligèrent du coup à rappeler qu’ils étaient « électeurs ».

De ce silence, du courage des émeutiers, du prix payé par des mois de prison, de l’intervention de certains, connus ou moins dans la presse et ailleurs, de la considération que personne ne s’attacherait à redonner la voix et le cours des choses, nous proposons un livre : Une révolte en toute logique. Nous savions que nombre d’experts, de petits maîtres explicateurs, de petits malins transformés en VRP du seul acte républicain sérieux - « voter » -, allaient écrire, démarcher, tenter de remettre de l’ordre là où il y eut désordre.

Il ne s’agit donc pas, avec ce livre, de remettre de l’ordre. Il s’agit de dire et de tenir que l’égalité est le point politique essentiel. Il s’agit d’affirmer notre accord avec les émeutiers, notre mépris des politiques d’Etat, supplétifs de la sauvagerie du capital - gros mot noyé sous le vocable soft de libéralisme. C’est notre façon à nous de dire que la question de l’amnistie reste un enjeu politique, non seulement des émeutiers de novembre mais aussi maintenant de ceux qui bravèrent la revendication antiCPE pour la transformer en beaucoup plus.

De là, nous faisons l’analyse suivante de la politique actuelle : dans ce pays est déclaré « étranger » voire « criminel » quiconque ne conjugue pas une subjectivité libérale (se soumettre à la loi du capital, c’est-à-dire « réussir ») à une subjectivité républicaine (voter encore et toujours voter : être un « démocrate »). Cet avertissement sévère et sérieux de nos dirigeants - et pas seulement ! - doit nous engager à tenir que « qui vit ici est d’ici ! ». La couleur de la peau, la possession de papiers ou pas, d’un travail ou pas, est secondaire au regard d’un tous ensemble possible. Il n’y aura que les novembres que nous déciderons.

Didier Py (pour le Collectif du livre Une révolte en toute logique.)

  • Une révolte en toute logique, des banlieues en colère, novembre 2005, L’Archipel des pirates, 8 euros.

Liste des librairies ou pour commande sur le site L’archipel des pirates. Mèl : larchipeldespirates@wanadoo.fr

 
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