Logement : Jeudi noir chez le Marquise

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Depuis octobre 2009, trente étudiants et jeunes travailleurs précaires vivent à « La Marquise », place des Vosges à Paris. Cette réquisition effectuée par le collectif Jeudi noir est à l’image de l’immensité de la crise immobilière engendrée par le système capitaliste.

Le squat La Marquise, c’est un hôtel particulier de 1480 mètres carré situé place des Vosges, dans le IVe arrondissement de Paris. Il vit naître la marquise de Sévigné. Il était inoccupé depuis 44 ans.

Les habitants de La Marquise ont fait l’épreuve de la crise du marché immobilier qui rend les bailleurs tout puissants. En effet, les garanties et pièces justificatives demandées sont de plus en plus nombreuses et irréelles pour des loyers de plus en plus élevés pouvant atteindre jusqu’à 650 euros pour 9,83 mètres carrés ! Le nombre de places en résidence universitaire du Crous à Paris est de 2 500 alors qu’il y a 250 000 étudiantes et étudiants.

Le droit fondamental de se loger

Réquisitionner des bâtiments vides, sachant qu’il y en a 138 000 à Paris, devient une nécessité pour accéder à un logement et pouvoir continuer à vivre et étudier. Réquisitionner, c’est aussi lutter contre la spéculation immobilière des agents économiques qui jugent plus rentable de conserver un patrimoine vide plutôt que de le louer.

Cette logique marchande se fait au détriment des besoins fondamentaux de l’être humain et au profit d’une minorité de privilégiés. Puisqu’il n’y a pas de régulation « autonome » du marché qui se prétend démocratique, les militants du collectif Jeudi noir décident d’appliquer eux-mêmes et directement la démocratie en se réappropriant un droit fondamental, à savoir celui de se loger. En procédure judiciaire depuis leur arrivée dans les lieux, l’ordonnance de référé du tribunal d’instance du Ve arrondissement a condamné le 25 janvier 2010 les 30 précaires qui habitent La Marquise à vider les lieux sans délai et à verser 25 000 euros d’indemnité par mois d’occupation. Ainsi, au nom du « droit inviolable de propriété », les habitantes et habitants de La Marquise devraient laisser ces lieux vides et renoncer au besoin vital de se loger.

« Savoir où dormir pour pouvoir rêver » [1]

Même si la vie en squat est aussi très précaire elle stimule l’imaginaire, d’autant plus dans un lieu plusieurs fois centenaire, bien qu’éphémère pour les occupants menacés à tout moment d’être expulsé par les forces de l’ordre. À 30, les habitantes et habitants de La Marquise peuvent réfléchir et débattre sur leur mode de fonctionnement. Ils ont décidé de faire vivre ce lieu, de l’animer, de l’habiter de leurs rêves et de leurs désirs et de l’ouvrir à l’ensemble des habitants du quartier. La Marquise et ses occupants proposent chaque semaine des projections gratuites de films [2], créent des jardins partagés, des spectacles et accueillent des débats autour de La Semaine anticoloniale… Un workshop s’est organisé avec des architectes pour réfléchir et agir sur le lieu. Dans Le Petit Livre noir du logement, le collectif Jeudi noir affirme que « la réquisition citoyenne se distingue du squat, dans la mesure où elle ne cherche pas à créer un espace en dehors de la société mais cherche au contraire à donner un exemple de solution concrète pour résoudre un des problèmes de la société » [3]. Les occupants de La Marquise reconstituent à 30 une microsociété qui résiste face à une logique marchande en développant des solidarités et des réflexions collectives sur la société.

Adeline (AL Paris Nord-Est)

[1Un des slogans du collectif Jeudi noir

[2Tous les lundis soir à 20 heures à La Marquise, en ce moment sur le thème de la colonisation.

[3Collectif Jeudi noir, Le Petit Livre noir du logement, éd. La Découverte, octobre 2009, 166 pages, 11,40 euros.

 
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