Antifascisme

Lyon face à l’extrême droite : tenir la ligne

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Le choix de Lyon pour tenir une initiative syndicale contre l’extrême droite s’imposait au regard de la force des réseaux fascistes dans la ville. La journée s’est clôturée sur la perspective d’une nouvelle journée unitaire en avril.

Ce jeudi 14 février s’est tenue à la bourse du travail de Lyon une rencontre syndicale, dans le cadre de la campagne unitaire «  contre l’extrême droite, ses idées, ses pratiques  » CGT-FSU-Solidaires-UNEF-FIDL-UNL.

Rappelons tout d’abord que cette campagne unitaire a été initiée le 29 janvier 2014 à la bourse du travail de Paris, avec 600 syndicalistes alors réunis quelques mois après le meurtre de Clément Méric, jeune antifasciste à Solidaires Étudiant-es. Un film documentaire «  Aujourd’hui comme hier, combattre l’extrême droite. Histoire croisée du syndicalisme et de l’extrême droite  », réalisé par l’Institut d’histoire sociale de la CGT, avait alors été projeté en introduction de cette journée pour se réapproprier l’implication des syndicats dans l’histoire de la lutte antifasciste.

Une campagne syndicale unitaire depuis 2014

L’intersyndicale a ensuite lancé un «  observatoire national des villes gérées par l’extrême droite  », avec, depuis 2015, plusieurs rencontres d’équipes syndicales à Béziers, ville laboratoire gérée par Robert Ménard ; à proximité d’Hayange où l’ex-syndicaliste CGT Fabien Engelmann est devenu maire FN ; dans le Vaucluse, où le clan Bompard de la Ligue du Sud s’est enraciné dans plusieurs communes ; à Courrières, commune limitrophe d’Hénin-Beaumont devenue vitrine municipale du FN/RN dirigé par Steeve Briois. À chaque fois, plus d’une centaine de syndicalistes se sont rencontrés pour sortir de la sidération et de l’isolement, établir un état des lieux des différentes politiques antisociales menées par les maires d’extrême droite, ce qui a permis de démasquer leur imposture pseudo-sociale et de mettre en relief les ripostes locales syndicales et associatives. Ces rencontres ont ensuite donné lieu à des compte-rendus écrits relayés notamment sur le site de l’association Vigilance et initiatives syndicales antifascistes (Visa)  [1], systématiquement associée, et qui publie parallèlement depuis 2014 des chroniques régulières «  Lumières sur mairies brunes  ».

Lyon : une ville laboratoire pour l’extrême droite

Le choix de Lyon s’imposait dans la poursuite de cette dynamique syndicale unitaire, car cette ville est devenue depuis des années un véritable laboratoire de l’extrême droite, solidement implantée et qui sévit régulièrement. Il a été utilement rappelé plusieurs faits concernant le contexte particulier de Lyon : plusieurs figures de l’extrême droite ont gangréné le milieu universitaire lyonnais, comme Bruno Gollnisch, Pierre Vial, Bernard Lugan et Robert Faurisson  ; l’influence des réseaux catholiques traditionnalistes à Lyon et dans la région, et l’offensive des tenants de l’ordre moral, avec comme point culminant les Manifs pour tous en 2013  ; le congrès du FN à Lyon en 2014 et l’empêchement de la manifestation antifasciste par la préfecture et la municipalité de Gérard Collomb, ce qui a donné un coup de frein à la tentative de remobilisation et de coordination des réseaux antifascistes à l’échelle nationale  ; l’ouverture de nombreux locaux dans le centre historique de Lyon par l’Action française, le PNF, le GUD, les Identitaires  : bars, salons de tatouage, clubs de boxe (voir la cartographie complète établie par la CGA-Lyon et le Comité de Vigilance 69 sur le site de la Horde)  [2] ; la multiplication depuis quelques années des agressions fascistes, racistes, homophobes par les militants d’extrême droite à Lyon  ; l’ouverture en septembre 2018 de l’Institut de sciences sociales, économiques et politiques (ISSEP) par Marion Maréchal Le Pen dans le quartier de la Confluence.

L’actualité récente à Lyon a donné un relief particulier à cette rencontre  : attaques fascistes de locaux de la CGT, de la CNT, du PCF  ; fermeture du local «  Bastion social  »  ; agressions violentes de syndicalistes et d’antifascistes par les groupuscules fascistes dans le cadre des manifestations gilets jaunes en février à Lyon...

Des perspectives de lutte antifasciste

La bourse du travail de Lyon a donc accueilli ce jeudi 14 février plus de 150 syndicalistes CGT, Solidaires, FSU et UNEF de Lyon, du Sud-Est (Var, Marseille, Hautes-Alpes, Savoie...) et de la région Île-de-France, avec des tables de presse militante des syndicats, de Visa, de la librairie La Plume noire.

Plusieurs thématiques ont alors été abordées en plénière  : accueil des migrantes et migrants, l’extrême droite en Europe, l’école de Marion Maréchal à Lyon, les «  bastions-sociaux  » et groupes identitaires, la fachosphère et les réseaux sociaux, les luttes féministes face à l’extrême droite.

Plusieurs témoignages de syndicalistes et de migrant-es ont porté sur les mobilisations locales de solidarité concrète  : squats de l’Amphi Z de la maison Mandela à Villeurbanne  ; maraudes syndicales solidaires dans les Hautes-Alpes réunissant Solidaires, CGT, FSU, CFDT et la Confédération paysanne.

Les débats ont porté également sur les tentatives de l’extrême droite de s’infiltrer dans les mobilisations des gilets jaunes et de la nécessaire organisation de cortèges progressistes et antifascistes à Lyon comme à Paris, afin de faire face aux attaques fascistes et de porter des revendications d’égalité des droits et de partage des richesses face aux politiques d’austérité et de casse sociale.

Des paroles aux actes, à Paris comme à Lyon les 2 et 9 février, les fachos n’ont pas eu droit de cité dans les manifs de gilets jaunes. Grâce à la mobilisation déterminée et solidaire des forces antifascistes.

Enfin, les débats ont porté sur les luttes et mobilisations féministes massives en France et en Europe pour les droits des femmes et contre l’ordre moral. La journée s’est d’ailleurs cloturée sur la perspective d’une nouvelle journée unitaire à Lyon en avril avec Pinar Selek, sociologue et militante féministe turque vivant en exil en France.

Avec l’approche des élections européennes, la popularisation et la massification du combat antifasciste s’impose avec une mise en réseau internationale, articulée avec les luttes sociales.

Gabriel L. (AL Paris Nord-Est)

 
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