Maroc : Riposter face à la corruption

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Le contexte social marocain reste dans une fragile stabilité, malgré l’apparence d’un développement et d’une «  prospérité  » en expansion. Face à la corruption et aux réformes libérales, le mouvement social marocain s’efforce de riposter, avec plus ou moins de succès.

Le 29 octobre dernier, les grandes centrales syndicales marocaines (CDT, UMT, FDT) ont appelé à une journée de grève interprofessionnelle d’«  avertissement  ». Cette mobilisation a été suivie massivement : le taux de participation de 83,7 % a été avancé par les syndicats. Cette grève, suivie par une partie des organisations politiques, de l’extrême-gauche au mouvement islamiste antimonarchiste, s’opposait aux réformes ultra-libérales du gouvernement Benkirane et de son Parti de la Justice et du Développement (PJD, islamiste pro-monarchiste).

Le projet qui a fait monter la contestation porte sur les retraites. Ce projet, sous prétexte du déficit de la Caisse Marocaine des Retraites (CMR), envisage le recul de l’âge de départ de 60 à 65 ans. La même poudre aux yeux que partout ailleurs est utilisée  : population vieillissante, durée de vie prolongée, plus de sous dans les caisses, etc.

Vieillissement ou corruption ?

Contrairement à ce que veulent faire croire le gouvernement et le patronat marocains, le déficit est surtout dû à la corruption et aux détournements de fonds décomplexés. Les tours de passe-passe d’un Benkirane «  apôtre  » du «  nettoyage  » de la corruption ont fait long feu : plus personne n’y croit. Et pour cause  : intervenir dans l’arène politique suppose d’accepter les conditions du Palais, alors que celui-ci est le plus gros agent de corruption. Diverses luttes essayent d’apporter une autre voix pour répondre à la question de la justice sociale. Les mineurs et mineuses exploités jusqu’à la mort dans le Sud du Maroc, le peuple sahraoui spolié, les militantes et militants des droits humains, ont participé à une manifestation le 16 novembre pour dénoncer la répression étatique.

Luttes multiples

Les étudiant-e-s et élèves sont soumis à un système éducatif où l’argent fixe tout. L’ONU a d’ailleurs rappelé à l’ordre le gouvernement marocain à ce sujet [1]. Une semaine de mobilisation internationale s’est organisée en novembre contre la marchandisation de l’éducation   [2], et le collectif marocain Union des Étudiants pour le Changement du Système Éducatif (UECSE) s’y est joint   [3]. Des travailleurs et travailleuses sont obligés de payer à la sueur de leur front le déficit issu des vols opérés par une meute d’affairistes avec le feu vert du Palais. Des paysans et paysannes voient leurs terres volées pour assouvir les désirs d’expansion des grands propriétaires (au premier rang desquels Mohamed VI). Toutes et tous mènent leur lutte  : ces luttes sont certes éparpillées, mais elles créent un rapport de force conséquent et arrachent de petites victoires sur le dos de la bête.

Un adage marocain dit  : goutte après goutte, le ruisseau devient fleuve. À bon entendeur  !

Marouane Taharouri (AL Paris Nord-Est)

[3Voir la vidéo«  We are students not customers  » sur YouTube.

 
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