Échos d’Afrique

Mascarade électorale en RDC : l’alternance sans changement

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La République démocratique du Congo (RDC) a une nouvelle fois prouvé au monde qu’elle n’a de démocratique que le nom. Pourtant, sur le papier, il y avait un bon point : le président sortant ne s’était pas représenté !

En effet, après dix-huit ans de règne dont deux ans de présidence hors mandat, la pression nationale et internationale avait dissuadé Joseph Kabila de candidater à sa propre succession à la tête d’un État en déliquescence. Depuis au moins décembre 2017, des mouvements sociaux réclamaient l’organisation de ces élections, lors de manifestations se soldant généralement par quelques morts et des centaines de blessés, résultats d’une répression exercée par la police ou l’armée... dont la France a formé des cadres grâce à sa coopération « de sécurité et de défense » !

La France n’était d’ailleurs pas des plus virulente pour pousser Kabila vers la sortie. Au contraire, celle-ci tenait à préserver ses intérêts (ou plutôt ceux du groupe Total au lac Albert) en retardant ou bloquant les sanctions européennes contre les dirigeants du régime. Par ailleurs, la RDC bénéficie du savoir-faire français en matière de « maintien de l’ordre » grâce à des accords de coopération militaire et policière.

Félix Tshisekedi reçoit l’écharpe présidentielle de l’ex-président congolais, Joseph Kabila, le 24 janvier 2019, à Kinshasa (Jerome Delay/AP/SIPA)

Au terme d’un processus électoral entaché de nombreuses irrégularités (disqualification de certains candidats, violences, fermetures de bureaux de vote), la Commission électorale nationale indépendante (en réalité inféodée au pouvoir) a désigné Félix Tshisekedi comme victorieux avec 38,6 % de voix. Pourtant, son adversaire principal Martin Fayulu aurait, selon plusieurs observateurs sérieux, récolté plus de 60 % des voix mais est finalement classé 2 e avec 35 % des voix.

Aux premières annonces de résultats, manifestement issus de tripatouillages, la France, ainsi que de nombreux autres État (notamment de l’Union africaine), avaient mis en doute les résultats annoncés. Cette réaction a pu surprendre, car bien d’autres mascarades électorales africaines ont été récemment avalisées dans l’indifférence générale (Togo, Cameroun, Gabon, etc.). Cette contestation a suscité beaucoup d’espoirs dans la population congolaise, très mobilisée pour ne pas se faire voler une fois encore ses élections. Malheureusement, la cour constitutionnelle, en validant l’élection, a coupé l’herbe sous le pied aux velléités de médiation de l’Union africaine, et tout le monde a fini par reconnaître la légitimité de Tshisekedi.

Une triste nouvelle pour tous les démocrates du continent, mais un résultat reconnu par le Quai d’Orsay, qui en a aussitôt « pris acte », et par Emmanuel Macron, qui a écrit au nouveau président et l’a « assuré de la détermination de la France à renforcer notre relation dans tous les domaines ». De quoi améliorer encore, si possible, l’image du « pays des droits de l’homme » auprès des militantes et militants africains et de leurs soutiens !

Noël Surgé (AL Carcasonne)

 
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