Mélenchavisme : Les syndicats derrière moi !

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Mélenchon nous l’avait promis. Le million, le million de manifestants contre les ordonnances ! Puis, il a fait machine arrière. Est-ce l’aigreur qui explique sa charge contre « les syndicats » qui ne souhaitent pas lui emboîter le pas  ? Mais pour qui se prend le leader de la France insoumise ?

Dans son blog et dans les médias, Jean-Luc Mélenchon aura joué les gros bras jusqu’à sa marche du 23 septembre à Paris. Devant le succès très relatif de cette montée nationale et les critiques sur sa démarche hégémonique, il déclarait laisser les organisations syndicales « reprendre la main » sur l’organisation de la lutte contre les ordonnances. Trop aimable, merci ! Puis, devant les difficultés bien réelles des syndicalistes à développer un mouvement de grève solide, le voilà qu’il s’est mis à accuser sans nuance les syndicats, leurs divisons et leur indépendance d’être responsables de la situation. Extraits du blog du Général Méluche, le 31 octobre :

« La Charte d’Amiens sans cesse invoquée une nouvelle fois aura eu bon dos. Il serait temps que nombre de ceux qui s’y réfèrent pour stigmatiser la présence des organisations politiques dans le combat social se demandent si ce document qui date de 1905 et résulte de la bataille entre marxistes et anarchistes au début du siècle précédent doit rester un dogme sans nuance 111 ans plus tard. Car ce texte fixe une stratégie d’unité ouvrière en tenant à distance les “sectes socialistes” (à l’époque, en 1905, il y a cinq partis socialistes) pour permettre le déclenchement de la “grève générale révolutionnaire”… Parmi les dirigeants du mouvement social actuel, qui a l’intention de préparer aujourd’hui une “grève générale révolutionnaire” comme cela est prévu dans la “charte d’Amiens” ? Personne ! »

« Bien sûr, le 16 novembre, il faut être dans la mobilisation syndicale. Comme à chaque étape, La France insoumise mobilise aux côtés des syndicats alors que l’inverse n’est jamais vrai. Personne, y compris parmi ceux qui donnent des leçons, ne mobilise autant. Il faut donc en finir avec cette hypocrisie. En tous cas je le dis clairement : les organisations politiques ont toute leur place dans la mobilisation et la conduite du mouvement de résistance sociale. »

Ces extraits appellent quelques commentaires : les partis ouvriers électoralistes d’aujourd’hui sont dans le même état d’éclatement et de sectarisme qu’au tournant du XXe siècle. Avec la Charte d’Amiens – qui date de 1906 et non de 1905 – les anarchistes et les syndicalistes révolutionnaires avaient deux objectifs : préserver l’unité de la CGT des rivalités entre fractions politiques ; prémunir le mouvement ouvrier des illusions réformistes. Manifestement, la Charte garde toute son actualité ! Si trop peu de militantes et de militants syndicaux – nous en sommes – évoquent encore la grève générale expropriatrice, hélas les mélenchonistes ne brillent sur ce terrain ni dans les congrès, ni dans les AG...

L’extériorité revendiquée au mouvement social est frappante. Prétendre que « personne ne mobilise autant » que la FI est par ailleurs grotesque sauf à justifier les prétentions de Mélenchon à diriger l’activité syndicale. Nous n’avons pas besoin de chefs politiques mais de bâtisseuses et de bâtisseurs de syndicats.

Enfin, il faut une nouvelle fois rappeler que Mélenchon porte une responsabilité directe dans le désenchantement et l’attentisme qui frappent le prolétariat pour avoir été si longtemps dirigeant et caution du PS, sénateur, secrétaire d’État au service de politiques libérales.

Productrices et producteurs, sauvons-nous nous-mêmes !

Jean-Yves (AL 93-centre)

 
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