Syndicalisme

Mille vaches dans une ferme-usine

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Le 14 septembre, la Confédération paysanne et Novissen, une association locale, ont bloqué la ferme-usine dite des 1000 vaches (Somme). Depuis septembre 2013, elles se battent contre ce projet fou. Michel Ramery, son fondateur, entend se servir des animaux pour faire de la méthanisation… et éventuellement du lait. Il a récemment tenté de passer en force en mettant 500 vaches sur le site alors qu’il n’avait pas toutes les autorisations. Le bras de fer est enclenché.

Avec la ferme-usine des 1000 vaches, son fondateur, Michel Ramery, se situe bien loin de la petite ferme en production laitière. L’objectif est de mettre 1000 vaches en bâtiment et d’acquérir 3.000 hectares de terre pour avoir une autorisation d’exploiter. Avec trois traites par jours, il entend produire 9 millions de litres par ans. Grâce aux gains de son méthaniseur géant, il se dit prêt à vendre le lait à 270 euros la tonne alors que le cours du marché se situe autour de 350 euros. Ce genre de politique va nécessairement entraîner une baisse des cours et mettre en difficulté les petites fermes. Il n’a pas à s’en faire car son projet est une vraie pompe à fric. Tout confondu, il toucherait 4 millions d’aides publiques par an.

L’industrialisation de l’agriculture implique une concentration des moyens de production, en cheptel, en hectare, en bâtiment, en main d’œuvre et en moyens financiers. L’avenir serait des immenses exploitations en quasi monoproduction (on perd forcement en diversité) gérées par des groupes financiers.

Destruction de l’économie vivrière

On importe les matières premières et on exporte les excédents que l’on va vendre à bas prix, en particulier dans les pays dits en voie de développement. Destruction de l’économie vivrière pour eux, désertification rurale et destruction de la petite agriculture ici. Produire plus ne nourrit pas le monde, cela crée des famines ! La libéralisation ouvre déjà la voie. La fin des quotas laitiers [1] anticipe sur le désastre agricole qui nous attend. Selon certaines prévisions, nous passerions de 78.000 exploitations laitières en 2011 à quelques 25.000 en 2035.

Pour être autonome du point de vue alimentaire, il faut des fermes nombreuses, capables de fournir une alimentation diversifiée, et riches en emploi. La ferme-usine des 1000 vaches remplace vingt fermes de 50 vaches (moyenne française) et 42 emplois quand elle n’embauche qu’une dizaine de personnes pour l’activité d’élevage. Avec les nombreuses fraudes et irrégularités dont il fait l’objet, ce projet n’aurait jamais dû voir le jour. Mais, contrairement à ce que peut dire le gouvernement, le projet de Ramery recueille un ferme soutien politique.

Dire non à l’agriculture industrielle

La seule réponse gouvernementale à la disparition planifiée des paysans, c’est la répression. Suite à une action de la Confédération paysanne sur le site de la ferme-usine, cinq militants du syndicat ont été arrêtés et placés en garde à vue. Leur procès aura lieu le 28 octobre à Amiens et le syndicat paysan n’entend pas se laisser enterrer vivant.

Alors, le 28 octobre, toutes et tous à Amiens pour dire non à la répression syndicale et à l’agriculture industrielle !

George Claas (AL Var)

[1Les quotas laitiers limitent le volume de production par exploitation afin de maintenir les cours et éviter la course à la concentration et à l’agrandissement des exploitations

 
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