Mine d’or : Les caïmans noirs valent mieux que le Medef guyanais

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Victoire écologiste dans cette colonie française, pour une lutte impulsée par Attac et Alternative libertaire il y a trois ans : la multinationale Iamgold doit remballer son projet.

La multinationale canadienne Cambior-Iamgold n’implantera pas de mine d’or à Roura (Guyane). Le site prospecté, Camp-Caïman, se situait sur la montagne de Kaw, siège d’une grande biodiversité, à la lisière des marais de Kaw et sur leur bassin versant, ainsi que l’ont démontré les associations écologistes. Or les marais de Kaw sont un site de renommée mondiale, classé réserve naturelle, sanctuaire du caïman noir et de nombreuses espèces animales et végétales. La multinationale y aurait construit une usine principale utilisant la cyanurisation ainsi que plusieurs sites annexes. Au total 350 emplois devaient être créés, mais pour une durée limitée à sept ans, le temps d’extraire 37 tonnes d’or.

La lutte contre ce projet a commencé dès 2005 à l’initiative d’Attac et de son collectif « Quel orpaillage pour la Guyane ? » d’une part, et d’Alternative libertaire d’autre part. Un premier collectif contre Cambior a été lancé par ces deux organisations, l’Association des habitants de Kaw, les Verts et Walwari, le parti de Christiane Taubira. Ce collectif a été élargi par la suite, sous la coordination des Verts, à 33 organisations et associations, dont le Parti socialiste guyanais (PSG). Une pétition contre le projet minier a été lancée en mai 2006 et a recueilli 17 000 signatures. En septembre 2006, 600 personnes se sont rassemblées à Roura pour protester.

À la suite de cette mobilisation populaire et de l’intervention des élus de gauche, deux missions d’expertise ont été diligentées par le gouvernement français. Elles ont rendu des avis réservés sur le projet, notamment quant au devenir des déchets industriels cyanurés. En août 2007, le gouvernement français décidait de soumettre le dossier au « Grenelle de l’environnement » et une troisième mission d’expert était envoyée. Au vu de son rapport, Sarkozy émettait, le 30 janvier, un avis défavorable au projet minier.

0,003 % de taxe !

La mine d’or industrielle de Camp-Caïman ne se fera donc pas. C’est une victoire pour AL et toutes les organisations et associations engagées dans la lutte. C’est une défaite pour le Medef et tous les partis de la droite guyanaise, qui s’étaient prononcés pour la création de cette mine au nom du développement à tout prix.

Les arguments développés par AL contre le projet Cambior consistaient bien sûr, à souligner ses répercussions environnementales et les risques encourus par la population en cas de catastrophe industrielle, telle qu’il s’en est produite à Omaï (Guyana) dans une mine d’or de la même multinationale. Nous avons également dénoncé le projet sur le plan économique, avec des créations d’emplois éphémères, la ressource étant non renouvelable, et des retombées fiscales ridicules : 50 euros de taxe par kilo d’or valant 18 000 euros (moins de 0,003 % !). Pour finir, nous avons affirmé fortement à l’occasion de cette lutte que le sous-sol guyanais ne devait pas être bradé par l’État français à une compagnie multinationale nord-américaine.

AL Guyane, le 16-02-08

 
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