Minidossier appélistes : Deux lignes de partage au sein de la mouvance autonome

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On peut avoir des désaccords avec la mouvance autonome, mais on peut aussi avoir des points d’accord dans certaines luttes. Avec les ennemis de l’autogestion en revanche, pas d’entente possible.


Cet article s’insère dans un petit dossier sur la mouvance appéliste. Lire les autres articles :
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L’une des conséquences du mouvement étudiant contre le CPE/Loi d’égalité des chances de 2006 aura été d’entraîner sur les campus un regain d’activité de la mouvance autonome - que les médias appellent improprement « ultra-gauche » ou « anarcho-autonome ».

Avec le CPE, des centaines de milliers de jeunes ont vécu intensément un mouvement d’une radicalité et d’une ampleur inédites depuis Mai 68. Les plus actifs ne pouvaient s’en satisfaire, et ont voulu donner un prolongement à la lutte.

Certains ont renforcé les organisations politiques et syndicales qui proposaient de poursuivre l’engagement dans la durée. D’autres ont formé des « communautés » pour continuer à vivre dans l’illusion d’un mouvement perpétuel. De là le renouveau de la mouvance dite « autonome ».

Cette mouvance n’est pas idéologiquement homogène. Son seul dénominateur commun est le rejet des organisations, jugées contre-révolutionnaires par nature. Passée cette définition minimale, commencent mille et une nuances, mais deux lignes de démarcation divisent cette mouvance : d’une part le rapport à la révolution, d’autre part le rapport à la démocratie.

Toute la mouvance autonome n’est pas révolutionnaire en effet. Si certains groupes veulent renverser l’ordre en place, d’autres se contentent, de façon plus ou moins assumée, de « vivre autrement » au sein d’une communauté restreinte.

La démocratie est une autre source de division. Certains groupes proches de la pensée de Jacques Rancière sont favorables à une démocratie directe appliquée à l’ensemble des domaines de la vie sociale [1]. Pour d’autres – comme les partisans de L’Appel – la démocratie est proprement le nom de l’ordre social existant, et à rejeter au même titre.

Des lignes jaunes à ne pas franchir

Avec la mouvance autonome, les communistes libertaires peuvent avoir, comme avec d’autres forces politiques agissantes (trotskistes, communistes, écologistes…), des points d’accord et des points de désaccord. On peut se retrouver dans l’hostilité aux bureaucraties syndicales et aux organisations électoralistes qui ont intérêt à maintenir les luttes dans un cadre revendicatif étroit pour éviter qu’elles ne développent d’autres perspectives que les élections ou le « dialogue social ».

On peut mener des combats côte à côte, malgré parfois une certaine conflictualité sur les rythmes à respecter dans une mobilisation. Mais on connaît aussi les lignes jaunes à ne pas franchir. La pierre de touche des militantes et des militants autogestionnaires, c’est la démocratie dans l’auto-organisation. Ceux qui la sabotent, la méprisent, la foulent aux pieds, font le jeu du pouvoir et passent dans le camp adverse, quelle que soit leur étiquette – social-démocrate, gaulliste, stalinienne ou prétendument « autonome ».

Gaspard (AL Rennes)

 
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