Mondial 2006 : Foot, fric et violences faites aux femmes

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Cet été aura lieu en Allemagne la Coupe du monde de football. L’évènement n’a aucun intérêt autre que financier. En sport, comme à la guerre, quand les hommes s’affrontent, il y a violences envers les femmes et commerce du sexe. Les JO d’Athènes l’ont déjà prouvé. En Allemagne, le contexte est particulier puisque, depuis 2001, la prostitution y est légale, les contrats de travail entre prostituées et employeurs sont possibles.

En Allemagne, un immense bordel a été ouvert en préparation du Mondial, pendant que des zones de prostitution avec des cabines individuelles sont aménagées dans les villes principales concernées par les matchs. Au-delà des faits anecdotiques, c’est l’occasion de faire le point sur la prostitution en Europe et sur l’exploitation sexuelle et économique des femmes. Les pays de l’Union européenne (UE) ont signé et ratifié la convention de l’ONU de 1949 qui stipule que « la prostitution et le mal qui l’accompagne, à savoir la traite des êtres humains en vue de la prostitution, sont incompatibles avec la dignité et la valeur de la personne humaine » mais, à part la Suède qui a choisi de punir « l’achat de services sexuels », aucun n’a pris de réelles mesures contre l’exploitation sexuelle des femmes. Si l’exercice individuel de la prostitution n’est interdit dans aucun pays de l’UE, plusieurs Etats, dont la France, sanctionnent le racolage, faisant peser la répression sur les femmes et pas sur ceux qui profitent de ce commerce. Histoire de flatter l’électorat bien-pensant et les voisins des zones de prostitution.

Légalisation de l’exploitation sexuelle des femmes

Ailleurs, face au discours faussement libéral en matière de mœurs qui réclame le droit de disposer de son corps, véhiculé par les lobbies financés par l’industrie du sexe et par des femmes rarement libres de leurs propos, certains pays ont légalisé l’exploitation de la prostitution. Aux Pays-Bas, depuis 2000, les maisons closes et les activités légales des souteneurs, les prostituées ont les mêmes droits que les salarié(e)s et travailleur(se)s indépendant(e)s. Conséquence logique, il existe des « écoles du sexe » pour apprendre à se vendre. En Australie, un bordel est côté en Bourse depuis 2003.

Les arguments des États sont que la stigmatisation des prostituées diminuant, la prostitution et l’exploitation sexuelles diminueront. Ce qui n’est pas constaté. Dans les pays où c’est légal, seules 10% des prostituées sont déclarées, parce que la clandestinité rapporte plus aux souteneurs (pas de taxe, pas d’impôts, peu d’argent aux femmes) et parce que, pour les opposant(e)s à la légalisation, les femmes n’assument pas un statut jugé dégradant. Le trafic et l’exploitation violente du corps des femmes se développent alors dans ces environnements favorables.

De plus, ces États tirent profit du marché et deviennent un élément de l’industrie du sexe. Et les souteneurs et autres patrons de bordels sont libres de s’enrichir. Les pouvoirs publics allemands se mobilisent. Contre l’entrée des femmes étrangères, considérées, elles, comme exploitées et réduites en esclavage, contrairement aux prostituées locales. C’est en fait une véritable campagne mondiale pour la légalisation du commerce du sexe.

Et le monde du foot ?

Le médiateur suédois chargé de l’égalité des sexes (et fan de foot) a appelé au boycott de la Coupe du monde. Compte tenu des intérêts financiers en jeu, on n’imagine pas qu’il puisse être suivi, il n’est évidemment même pas relayé par les médias.

Peu de membres du monde du foot s’expriment. Raymond Domenech, entraîneur des Bleus a déclaré : « On ramène le foot à “écharpe, bière et nanas”... le football, ce n’est pas cela. Je suis choqué qu’on puisse parler de femmes comme ça, comme des esclaves et du bétail. » Lilian Thuram a également exprimé son opposition. Mais dans l’ensemble, on ne veut pas gâcher la fête, on doit rester concentrés...

Commission antipatriarcat d’AL


Pour en savoir plus :
- www.penelopes.org ou www.sysiphe.org
- Rapport sur les conséquences de l’industrie du sexe dans l’Union européenne par Marianne Eriksson, députée au Parlement européen.


<titre|titre=Les faits>

Artemis, bordel moderne, a été construit en 2003 en prévision du Mondial. Le gérant nous explique les objectifs (propos rapportés dans le Nouvel Observateur du 10 mai) : "Nous sommes un club de nudistes, il y a deux saunas, une salle de fitness, une piscine, un bar, un restaurant. Les filles, ça vient après. Il faut déculpabiliser le client. L’aider à croire qu’il vient pour le sport et la remise en forme."

Il n’est pas l’employeur mais un "loueur" d’espace, clients et prostituées acquittent un droit d’entrée (70 et 50 euros), puis les prestations sont tarifées. Le site accueille de 30 à 80 prostituées selon les périodes (basses ou de pointe), ce chiffre montera à 150 pendant le Mondial.

Alternative libertaire est signataire de l’appel de la Marche mondiale des femmes, du Collectif national droits des femmes et de la Coalition contre la traite des femmes.


<titre|titre=Coupe du monde de football: Non aux bordels du Mondial!>

Agissons pour que le Mondial de football ne fasse pas la promotion publique de la traite et de la prostitution des femmes :
- en appelant chacun et chacune à signer la pétition de la Coalition contre la traite des femmes ;
- en obtenant que les membres des équipes de football, les clubs de supporteurs et les Fédérations rendent publique leur opposition à cette exploitation sexuelle ;
- en exigeant que les pays comme la France - qui ont ratifié les conventions et protocoles contre la prostitution et la traite - s’opposent à la promotion de la prostitution pendant la Coupe du monde, demandent la fermeture de ces bordels, ou se retirent de la compétition ;
- en protestant auprès du gouvernement allemand et de ses ambassades par lettres et délégations ;
- en rejoignant la mobilisation et les différentes actions que nous déciderons ensemble.

Contacts : marchfem@ras.eu.org ou 06 80 63 95 25.

 
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