politique

Multiplier les actions pour maintenir la pression : un mode d’emploi

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En dehors des journées de grève et manifestation, et même à peu nombreux, de multiples actions peuvent être organisées pour soutenir la lutte. Trois exemples d’actions facilement déclinables partout, réalisées récemment à Grenoble.

Appel aux motivé.e.s quelques peu désœuvré.e.s ! Si les « actions » sont bien connues des militantes et militants syndicaux, associatifs et du milieu libertaire, le mouvement social en cours permet à des milliers de personnes d’apprendre à agir en découvrant le principe des actions coup de poing.

Occupation d’une banque, Péage gratuit, déploiement de banderoles, invasion d’un service de l’État, d’une radio relayant le point de vue du pouvoir ou de la police, bordélisation de la conférence d’un député pro-réforme...D’ici au 28 avril et au 1er mai, multiplions les initiatives pour maintenir la pression.

Actions : l’importance du pourquoi et du comment

De quoi s’agit t-il ? Il s’agit d’une action avec un objectif ou une cible claire, regroupant des gens qui se sont organisés pour la réaliser. Il y en a de tout types, des plus modestes — comme un petit rassemblement devant une banque pour dénoncer sa pratique de l’évasion fiscale — à de plus ambitieuses — comme des actions de blocages de périphériques entiers — mais elles s’inscrivent dans le cadre du mouvement, s’en revendiquent et complètent les autres initiatives de mobilisation comme les grèves et les manifestations.

Pourquoi cela peut être pertinent. Ce n’est pas — pas encore — la grève générale. Pourtant, entre les grandes manifestations, il faut maintenir la pression. De plus, la mobilisation est inégale d’un endroit à l’autre du pays : même en étant peu nombreux, il est possible de fédérer les énergies de quelques dizaines de personnes pour agir.

Avec qui agir, dans quel cadre ? Si des cadres collectifs sont lancés, comme des assemblées générales, des Nuit debout, des collectifs, alors les participantes et les participants peuvent proposer des actions à l’intérieur. Sinon, les groupes libertaires, les syndicats de lutte et les associations peuvent être des incubateurs. Selon la nature de l’action proposée et le degré de répression potentielle, tout le monde ne voudra peut être pas participer : ce n’est pas grave ! Il faut respecter la diversité des tactiques, dès lors qu’elles s’inscrivent dans une dynamique commune.

Construire et préparer l’action. Selon l’objectif, la cible, le nombre de personnes nécessaires, le matériel nécessaire, certaines actions demandent de la préparation en amont. il est alors peut être important de prévoir un peu de temps et de repartir les tâches entre les plus motivé.e.s pour que tout soit prêt et bien prêt le jour J. Quoi qu’il en soit, gardons en tête que le jour, l’heure, le lieu de rendez-vous, doivent être bien définit. Si les éléments ne sont pas réunis, ou que l’action n’a pas été bien préparée, il est parfois préférable de la reporter à plus tard au risque de se mettre en danger ou de passer à côté de l’objectif.

informer ou tenir secret. Si vous annoncez votre action, la police risque d’être présente et de l’empêcher. Si vous ne l’annoncez pas, alors il n’y aura pas les renforts des dizaines ou centaines de gens qui auront reçu le message et voudront agir avec vous. La pertinence de rendre public ou pas l’appel à l’action dépend clairement de ces objectifs et de la nécessité ou non que d’autres qui n’étaient pas investis dans sa préparation la rejoignent.

savoir informer du succès ! L’action s’est bien passée ? tant mieux ! Pensons à informer, en faisant attention à flouter les visages et a ne pas donner de noms. Réaliser un petit texte, une vidéo, permet de faire savoir et donne envie aux motivé.e.s qui n’étaient pas présents.Informer soi-même permet d’éviter le détournement ou la caricature par les médias dominants.

S’organiser contre la répression. c’est un point fondamental. Il est nécessaire que chacune et chacun soit bien informé sur les risques encourus, ait un numéro d’avocat, connaisse les règles d’or à observer en garde à vue. Si possible, discuter en amont de la conduite à tenir en cas d’intervention policière, et prévoir des relais en dehors des participant.e.s pour agir en cas de répression.


TROIS EXEMPLES GRENOBLOIS

Voilà trois actions réalisées récemment à Grenoble dans le cadre du mouvement. Ce ne sont pas des modèles, mais des illustrations de réalisations en pratique.

1. classique et efficace : vivent les péages gratuits !

Généralement bien perçues, les opération péage gratuit permettent de cibler économiquement les entreprises autoroutières, de populariser la lutte auprès des automobilistes exemptés, de fait, du péage, et de récolter de l’argent pour les caisses de grève et antirépression. Cependant la police interviendra systématiquement, et les questions de sécurité par rapport aux passages des voitures doivent être bien préparées. Cela demande donc de l’organisation et de la détermination.

Faire un péage gratuit est une opération assez simple à réaliser et qui permet en un minimum de temps de récolter une somme d’argent importante. Afin que l’action se passe du mieux possible et soit efficace, quelques éléments et prescriptions.

Opération Péage gratuit // Grenoble // jeudi 45 mars 2016 from stéphane trouille on Vimeo.


2. cibler une conférence, l’événement d’un adversaire du mouvement

Votre député du coin défend la réforme ? Ça tombe bien, il donne une conférence publique. Allons lui rendre visite et prenons le à partie. Pas de défilade cette fois, il sera bien forcé d’assumer !


3. cibler une entreprise, une banque, etc

Petit récit d’une action facile a réaliser, et dont les cibles potentielles, hélas, ne manquent pas :

"Nous étions environ 80 personnes — dont la moitié d’étudiantes et d’étudiants, avec la présence de Solidaires-Etudiant.e.s, JC, Unef, des camarades investis dans la Nuit Debout grenobloises — à envahir et bloquer le McDo du centre de Grenoble, place Victor Hugo, ce jeudi 14 avril 2016 à midi dans le double cadre du mouvement et de la Journée mondiale d’action contre la multinationale de la malbouffe.

Nous dénoncions les conditions de travail dégradantes en place chez McDonald’s, la répression syndicale incroyable que l’entreprise exerce à l’étranger mais aussi en France - avec tous les dispositifs de harcèlement, l’extrême violence que connaissent dans notre pays quotidiennement des milliers de syndicalistes - l’impunité judiciaire de la compagnie qui s’est faite championne de l’exil fiscal ou plutôt devrais-je dire de l’ « optimisation fiscale »... Bref le menu El Khomri était déjà en vente chez McDonald’s et se faisait déjà très épicé pour les travailleur-se-s..

Après donc une bonne heure de bordélisation festive au cri de « Bic Mac partout, Justice nulle part », « Ronald si tu savais, tes conditions de travail où on se les mets » ou encore le très apprécié « Merci Patron ! », avec des camarades qui s’ingéniaient à rechercher l’argent volé par l’entreprise un peu partout dans le restaurant mettant la direction dans un état proche de la crise nerveuse, la police s’invitait au rendez-vous, nous demandant gentiment de quitter les lieux car le bien public n’était pas de notre côté. Nous avons donc attendu avec les camarades présent-e-s sur place encore une trentaine de minutes histoire d’en finir psychologiquement avec la direction puis nous nous sommes mis à bloquer toutes les entrées à l’extérieur, jusqu’à nous métamorphoser en haies d’honneur-labyrinthes pour ceux/celles qui voulaient rentrer lorsque ça recommençait à chauffer. Après 2h30 d’anarchie joyeuse, nous nous dispersions...

Joyeux moment qui aura galvanisé toutes et tous les participants pour une fin avril et un mois de mai que l’on espère de haute lutte !"

Alternative Libertaire Grenoble

 
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