Multipro : Agression patronale caractérisée !

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Le 19 février 2010, les travailleurs en grève de la société d’intérim Multipro se sont fait agresser par une véritable milice engagée par le patron. La police est veulement intervenue et a interpellé… un gréviste qui venait de se faire rouer de coups.

Ce jour-là, les travailleurs en grève, accompagnés de membres du comité de soutien du XXe et du XIe arrondissement de Paris. se présentent une fois de plus devant l’une des deux autres agences d’intérim appartenant au patron. Entretemps, le site de Ménilmontant a en effet été « abandonné » par le gérant, l’électricité définitivement coupée, et une nouvelle agence a été ouverte, proche de celle déjà existante. Le rassemblement est comme d’habitude, à la fois déterminé et pacifique. C’est alors qu’une vingtaine de nervis, certains casqués, attaquent les manifestants, distribuant des coups et hurlant des insultes racistes et sexistes. Des camarades sont blessé-e-s, l’une devra même se faire hospitaliser. Un travailleur sans papier, roué de coups, évite de justesse le jet d’un liquide non identifié, mais que l’on pense inflammable dans la mesure où un autre agresseur tient à la main un briquet. La police, déjà présente sur les lieux, interpelle non pas les attaquants alors qu’on est en présence d’un flagrant délit de violences volontaires en réunion, mais… le camarade sans papier agressé qui ne sera relâché qu’en raison de l’intervention d’un élu communiste présent en tant que soutien !

Solidarités et inquiétudes

En cinq jours, Solidaires et le comité de soutien organisent en riposte un rassemblement de plus de 400 personnes, tout près de l’agence. Cette réactivité s’explique par le fait qu’il demeure rarissime qu’un patron ne se limite plus seulement à l’exploitation de travailleurs sans papiers, mais engage une véritable milice animée d’intention criminelle. Des plaintes sont déposées, le préfet est saisi et nous attendons de la justice bourgeoise qu’elle se rappelle sa mission première : rendre la justice. Vendredi dernier, soit un mois après l’agression, une nouvelle manifestation a pu être organisée à nouveau devant l’agence Multipro, rassemblant plus de 80 camarades et soutiens. En dépit de la mobilisation de certains dans les élections régionales, le comité maintient son investissement et assume ses responsabilités à l’égard des travailleurs grévistes ; on a pu le constater lors de l’arrestation de deux camarades, quêtant pourtant pour la lutte, qui ont pu être relâchés rapidement. Mais nous sommes maintenant à cinq mois de lutte, et les difficultés s’accroissent pour les camarades. Les caisses de grève sont insuffisantes, certains grévistes ont des problèmes de santé, les retards de loyer deviennent critiques, les conséquences au pays sont graves. Et puis, des tensions apparaissent entre grévistes qui ont à faire face à un vivre ensemble qu’ils n’ont pas choisi, mais surtout à l’absence de perspective.

En dépit des demandes d’actions coordonnées et de création d’outils qui ont été énoncées lors des deux réunions de coordination des comités de soutien, le groupe des 11 1 n’a pas été en capacité de faire vivre la lutte.

Les faiblesses du mouvement

Ainsi, une seule manifestation globale a été organisée, devant le Medef le 13 février dernier. Au premier journal de lutte n’a succédé aucun autre. La visibilité a manqué, que ce soit au niveau financier ou concernant les négociations entreprises au niveau national avec le patronat et le gouvernement. L’attitude de ces derniers, méprisante et sourde, n’est pas une surprise. C’est pour cette raison qu’il était proposé d’agir contre les donneurs d’ordres, les clients de Multipro, et ce de manière offensive et régulière. Une fois de plus, et sans que puisse être remise en cause la bonne volonté des participants au groupe national de coordination, nous constatons l’absence de prise de conscience et d’engagement collectif sans lesquels rien ne peut se faire. Et le niveau du soutien local ne permet pas d’engager le rapport de force politique qui était l’ambition première de ce mouvement.

« Plaçons-les sous notre protection » 2

Le patron de Multipro ne reconnaîtra pas la légalité de ceux qu’il a employés pendant des années. Avec l’appui de Solidaires, les grévistes tentent donc de faire pression sur les donneurs d’ordre qui maintiennent leurs contrats avec cette société qui, elle, continue de faire travailler des sans papiers ! L’inspection du travail est également saisie. Les grévistes de Multipro sont aujourd’hui épuisés, angoissés, en colère. Mais leur courage ne faillit pas. Et la solidarité de celles et ceux qui les soutiennent, dont Alternative libertaire, ne faillira pas non plus.

Chéryl (AL Paris Nord-Est)

 
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