NPA : Le point de non-retour ?

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Fondé au début de l’année 2009, le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) voulait rassembler au-delà des militants trotskistes de la LCR. L’organisation traverse aujourd’hui de graves difficultés.

Dans la foulée des succès électoraux d’Olivier Besancenot, la LCR appelle dès 2007 à créer un nouveau parti, « implanté dans la jeunesse, les entreprises, les services publics, les quartiers populaires ». Elle proposait ainsi à « tous les anticapitalistes de se rassembler pour construire les mobilisations qui doivent préparer un changement révolutionnaire de la société ». À cette occasion, l’enjeu pour la LCR était de montrer que ce parti ne serait pas qu’une Ligue élargie. Si, en dépit des rumeurs, AL n’a jamais participé à ce mouvement, le projet a cependant séduit des militants se réclamant des idées libertaires.

Luttes internes et électoralisme

Parti d’une dynamique électorale, le NPA achoppe rapidement sur ces questions. Il a de fait attiré des militants qui accordent de l’importance aux scores des élections. Dès 2009, le refus de faire liste commune avec le Front de gauche (FDG) aux européennes entraine le départ de la tendance « piquetiste », et la fondation de la Gauche unitaire (GU) qui rejoint le FDG. Si ce départ de la droite historique de la LCR est anecdotique, la candidature aux élections européennes de 2010 d’une militante voilée suscite une importante controverse interne qui révèle d’autres clivages, toujours pas résorbés.

La montée du FDG fait que la question des alliances est de plus en plus sensible. Surtout, l’incapacité du NPA à transformer son fonctionnement interne empêche tout dépassement serein de ces désaccords. La structuration en tendances qui se mènent une guerre sans merci, la multiplication des bureaux et secrétariats permettant à leurs chefs de se prévaloir de responsabilités, le spectre toujours présent du centralisme démocratique qui dispense toute nouvelle majorité de se soucier de l’intégration des minorités à la vie du parti... tout cela dégoûte plus d’un nouvel adhérent, et permet aux anciens de la LCR de garder la main sur le NPA. Très vite, les effectifs fondent, loin des 9 000 adhérents revendiqués au congrès de fondation.

La candidature Poutou, très contestée en interne, semble marquer un pas de plus dans la décomposition du parti. Les leaders de la Gauche anticapitaliste (GA), tendance « unitaire » qui représente environ 40 % du NPA, majoritaire dans nombre de comités, ont annoncé qu’ils faisaient campagne pour Mélenchon. Les luttes internes autour de la cagnotte de la LCR, dont la GA revendique sa part, ont surgi jusque dans les médias. Son départ vers le FDG semble inéluctable, en vue des législatives, mais aussi parce que ses militants sont poussés vers la sortie par des attaques de plus en plus violentes. Des discussions sont en cours avec les Alternatifs dans le but de constituer un pôle « rouge et vert » qui pèserait sur l’orientation du FDG, pour lui donner une ligne plus clairement anticapitaliste.

[*Une mauvaise nouvelle pour l’extrême gauche*]

L’éclatement du NPA n’est pas une bonne nouvelle. Si plusieurs militants du NPA ont rejoint l’AL, l’essentiel des départs vers d’autres organisations se fait vers le FDG qui, malgré la dynamique de sa campagne, n’est qu’un regroupement de gauche de gouvernement composé du PCF et d’une ancienne tendance du PS qui a su capitaliser sur la réappropriation des symboles du mouvement social. De nombreux militants sont également partis en abandonnant toute perspective d’engagement, au moins à court terme. Force est de constater que le NPA n’a pas su mettre en œuvre l’ouverture démocratique qu’il prônait. La réflexion sur l’autogestion et l’inclusion de toutes et tous au sein des organisations demeure plus que jamais d’actualité à l’extrême gauche. De plus, en restant vague sur la question du projet, le NPA n’a pas tranché, entre parti révolutionnaire ou parti institutionnel de la gauche radicale, ce qui lui a valu d’interminables débats, indûment polarisés par les stratégies électorales. Cette question a pris une place trop importante dans les orientations du parti au détriment des luttes.

De fait, tout en s’autoproclamant « porte-parole des luttes », le NPA n’a pas mené de réflexion approfondie sur son intervention au sein de ces dernières. Il a souvent tenté de se substituer au mouvement social et a exporté dans certains syndicats ses luttes internes en tentant de constituer des bastions de telle ou telle de ses tendances, aux dépens de l’indépendance syndicale et d’une analyse concrète des combats à mener.

Aurélien (AL Paris Nord-Est) et Julie (AL Paris Nord-Est)

 
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