Ne pas lire : Ragon, « Dictionnaire de l’anarchie »

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Michel Ragon fut capable de beaucoup mieux, même si sa Mémoire des vaincus, grande fresque romancée sur l’anarchisme, sortie en 1989, est typique d’un courant littéraire qui y voit surtout « l’expression politique du désespoir » – ce qui provoque des hauts-le-cœur aux révolutionnaires.

Là, on arrivera difficilement à nous convaincre que son Dictionnaire de l’anarchie publié le mois dernier est autre chose qu’une opération commerciale bâclée : un titre prétentieux, un contenu indigent, une sorte de catalogue où idées, événements, organisations, journaux, hommes et femmes sont alignés de façon acritique, sans aucun souci de classement autre que l’ordre alphabétique. Quant aux choix opérés pour remplir ce palais des courants d’air, ils laissent pantois. De grandes figures comme Malatesta, Emma Goldman ou Bakounine voisinent avec le romancier Maupassant ou le chanteur Renaud, dont on se demande bien ce qu’ils font dans le casting. De grands absents aussi. On ne trouve pas d’entrée Cronstadt, mais une entrée Merlieux… parce que dans ce village de l’Aisne se tient chaque année un Salon du livre libertaire ! L’entrée Syndicalisme ne va pas au-delà de 1948. Pas d’entrée Communisme, mais des entrées Végétarisme ou Naturisme. Beaucoup de notices se limitent d’ailleurs à deux ou trois lignes neutres, piochées dans le Maitron ou sur wikipedia, laissant le reste de la page blanche. C’est ainsi qu’un des principaux théoriciens espagnols, Ricardo Mella, a droit à une ligne, tandis que trois pages font la promotion de « l’œuvre » d’Onfray-la-Girouette qui serait « la réflexion la plus moderne à propos de l’anarchisme ». Gasp !

Bref, ce « dictionnaire » est, avec L’@narchie de Pierre Miquel, essai nullissime que nous avions négligé de chroniquer en 2003, digne de figurer dans le pléthorique Dictionnaire des escroqueries… qui reste à écrire !

Guillaume Davranche (AL Paris-Sud)

  • Michel Ragon, Dictionnaire de l’anarchie, Albin Michel, 2008, 668 pages, 23 euros.
 
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