Ni Dieu ni maître d’école : Célestin Freinet, un éducateur libertaire ?

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Un voyage par-dessus l’Atlantique plus loin, rendez-vous à l’École du Pioulier à Vence (Alpes-Maritimes) pour découvrir ce que l’œuvre de Célestin Freinet propose et en quoi elle répond aux principes de l’éducation libertaire.

Petite étape impromptue sur les terres de Célestin Freinet, non loin de Nice, sur les terres du célèbre professeur des écoles du siècle passé, émancipateur, critique, on pourrait dire même politique. Politique mais pas partisan… Libertaire, alors Freinet  ? Comme nous le rappelle, Anne-Marie Milon Oliveira dans son intéressant ouvrage (en portugais du Brésil), «  sans l’ombre d’un doute, la pensée anarchiste est présente, très présente même, dans l’œuvre de Freinet  ». L’éducateur syndicaliste en 1935 avait dû, malgré son attachement à l’école publique, ouvrir sa propre école prolétarienne. Il venait, en effet, de subir de plein fouet les attaques des fascistes et réactionnaires locaux. Ainsi, à partir de 36-37, avec la guerre d’Espagne l’école va accueillir des petits réfugiés espagnols dont les parents sont aux prises avec le conflit.

Et aujourd’hui  ? Est-ce que le projet Freinet sur le plan éducatif continue à porter des valeurs, des fonctionnements qui correspondent à nos propres principes et modes d’action  ?

Au sommet d’un chemin de village se trouve l’école entourée par un vaste parc qui présente un plan entièrement déconcentré  : c’est la géographie du lieu qui guide l’implantation des bâtiments de l’école. Chacun d’entre eux apparaît comme le témoignage d’une organisation collective sans hiérarchie ni centralisme.

On remarque le petit théâtre à l’antique miniature qui témoigne de cette attention portée aux outils de l’émancipation que l’on retrouve dans nombre d’initiatives d’éducation populaire.

En classe, on trouve le professeur au milieu des élèves qui travaillent individuellement, à deux, en groupes, sur leur propre initiative, suivant un parcours établi par le dialogue avec l’enseignant, l’auto-évaluation de son niveau, des savoirs à atteindre. À noter aussi les travaux d’entretien réalisés par les enfants en autonomie… Tout montre que la liberté (vue comme un apprentissage, une conquête) va de pair avec l’initiative et le sens des responsabilités et que les enfants savent cultiver l’une et l’autre dès lors qu’ils en ont la possibilité.

Alors, si, effectivement, Célestin Freinet n’était pas un éducateur du mouvement libertaire au sens strict du terme, il n’en reste pas moins que son œuvre constitue un pas fondamental en direction de l’éducation libertaire, ceci en partie parce qu’il appartient à une époque où, de toute façon, la pensée libertaire imprégnait l’ensemble du monde éducatif. Et cela se ressent encore aujourd’hui dans l’école qu’il a fondée où l’on retrouve des principes et techniques qui nous rappellent Paul Robin, Sébastien Faure et d’autres plus récents.

Alors, oui, Freinet ce n’est pas de la pédagogie libertaire au sens strict mais ça en a des aspects intéressants qui invitent à approfondir le discours et surtout la pratique.

Accattone

 
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