Ni Dieu ni maître d’école : Changement de cap mais pas d’objectif

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Après des mois passés au plus près d’une réalité différente de celle de la France, me revoici en terres européennes, pour continuer d’autres projets. Ceci m’éloigne temporairement de l’école Francisco Ferrer de Belém, mais pas de l’éducation libertaire.

Au contraire, le territoire hexagonal que je foule à nouveau a été, au cours de l’histoire du mouvement ouvrier, l’un des plus fertiles en termes de mises en actes des idées des penseurs anarchistes, ce jusqu’à aujourd’hui et ne va pas manquer de nous inspirer à nouveau dans les combats à venir pour libérer l’éducation du carcan de l’enseignement étatique ou confessionnel.

Nous pourrons ainsi commencer notre parcours par quelques pages écrites à partir de la Belle Époque avec Cempuis et Paul Robin. Parler de cet éducateur, c’est évoquer en filigrane l’œuvre pédagogique et politique importante de James Guillaume, collaborateur de Ferdinand Buisson, auteurs conjoints du Dictionnaire de pédagogie de 1887. C’est aussi, dans le sillage de ces pionniers, faire référence à Sébastien Faure, le militant-pédagogue de la Ruche qui avant la Première Guerre mondiale, va remettre à l’ouvrage les principes libertaires. Mais entre ces figures masculines, il convient de faire une place importante à Madeleine Vernet, et à son orphelinat prolétarien de L’Avenir social. Parcourir cette époque et ses chemins, c’est rouvrir le grand livre de l’anarchisme fondateur et de ses rapports profonds et toujours renouvelés à la pédagogie émancipatrice de l’individu et de la classe ouvrière.

En 1880, la République, troisième mouture, se renforce, appuyée par une classe bourgeoise qui s’est détachée du monarchisme au cours des années 1870 après avoir écrasé dans le sang la tentative révolutionnaire de la Commune en 1871. Ce n’est qu’à partir de 1879 que, définitivement, sera consolidé le régime avec les victoires électorales des républicains (Jules Ferry) appuyés par les radicaux (Clemenceau). Après la Commune,le mouvement ouvrier se réorganise difficilement : celui-ci a perdu bon nombre de ses figures de proue, mais peu à peu reviennent en France, plus ou moins clandestinement, les compagnons de Bakounine ; les réseaux militants se reforment. À partir de 1881, Jules Ferry, qui occupera diverses fonctions ministérielles, va commencer ce principalement pour quoi il est passé à la postérité : un cycle de réformes de l’enseignement qui ont pour but d’enraciner le régime républicain au cœur de la nation par la formation de citoyens attachés à celle-ci et à celui-là. Mais, entre les lignes directrices de ce plan voulu par l’élite républicaine va s’organiser une forme de résistance libertaire et éducative.

Prochaine étape, Cempuis et les écrits pédagogiques de James Guillaume. Ainsi, Ferdinand Buisson est placé dans les années 1880 par Jules Ferry au poste de directeur de l’enseignement primaire. Il a passé une partie des années 1860 en Suisse et retrouvera quelques années plus tard un militant important du mouvement anarchiste suisse, avec lequel il écrira le dictionnaire cité plus haut : James Guillaume. Cette collaboration est cohérente avec le choix deBuisson de placer en 1880 un certain Paul Robin à la tête d’un orphelinat créé par un prêtre : Cempuis.

Accattone

 
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