Nord : La bureaucratie nous divise, l’action nous unit !

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Dans le Nord, l’UD CGT, de mèche avec la préfecture pour éviter les «  débordements  », a été bousculée par la base militante, révoltée,
elle, par les violences policières.


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Fin février, lors de la réunion du comité départemental CGT du Nord, fin février, l’assistance était remontée contre le projet de loi El Khomri.
Sur toutes les lèvres  : « On va rien lâcher ! » A ce moment-là se profilait la date du 9 mars, appel citoyen lancé en dehors des organisations syndicales, mais qui rencontrait un écho croissant sur Internet. En comité départemental il a donc été décidé de s’y inscrire… surtout dans l’idée que la CGT ne pouvait pas en être absente au cas où ça marcherait.

Et de fait, bingo, le 9 mars est une bonne surprise : la foule est au rendez-vous, et les syndicats et UL de la région n’ont pas fait semblant de mobiliser ! On prend espoir.

Pour ne pas faire retomber la pression en attendant la journée d’action nationale du 31 mars, une manif intermédiaire est organisée à Douai, en soutien aux camarades de Goodyear et d’Air France victimes de la répression. D’autres dates suivent, sur Valenciennes par exemple.

Après le succès relatif de la journée du 31 mars, très vite les manifs prennent la forme d’actions de blocage, avec pour mot d’ordre « blocage de l’économie ». Même si elles n’ont pas fait crouler le système capitaliste, ces actions auront au moins permis d’entretenir l’agitation et éviter le décou­ragement que l’on avait subi pour les retraites en 2010. Mais, en parallèle, on constate avec inquiétude que même si 70 % de la population est hostile à la loi, la masse n’est pas vraiment dans la rue. Certains syndicalistes avanceront, pour se donner bonne conscience, que si les gens ne viennent pas en manif, « c’est la faute des casseurs ». Certes, pourquoi pas. Ça évite surtout de se remettre en question. On se conforte dans ­l’idée qu’à la CGT, « c’est nous les plus beaux, les plus forts ».

Mais en réalité, les manifs se passent bien. Entre l’intersyndicale, Nuit debout et le pôle anticapitaliste (libertaires, antifas, autonomes, cénétistes...), la cohésion est bonne, l’unité sans accrocs.

De connivence avec le préfet et les RG

Tout roule bien jusqu’au moment où certains secrétaires d’UL et d’UD, de connivence avec le préfet et les RG, s’attellent à faire exploser cette cohésion. Le 22 avril, un premier communiqué de l’UD du Nord condamne les « dégradations » imputées à la jeunesse révoltée qui peuple les manifs. Colère immédiate de la base cégétiste qui exige que ce soient les violences policières qui soient condamnées. Cinq jours plus tard, l’UD est con­trainte d’obtempérer : son communiqué du 27 avril ne parle plus que des violences policières à Lille, Hazebrouck et Tourcoing.

Après cette claque pour l’UD, la préfecture et la police, on a droit à un nouveau coup tordu. Le 12 mai, lors d’une manif, le service d’ordre organisé par l’UD, après avoir retiré ses brassards, facilite la séparation de la manif en deux par les CRS. Gazage, matraquage, grenades de désencerclement… c’est la totale. Et une grande amertume.

Mais ces combines n’y peuvent rien  : les actions de blocage, comme celle du dépôt de carburant de Douchy-les-Mines, ont permis aux camarades de la base de rencontrer et de discuter avec des camarades libertaires, autonomes, antifas, etc. Des liens se sont créés, et lors des manifs suivantes, on a pu voir des syndicats et syndicalistes rester aux abords du pôle anticapitaliste pour protéger notre ­jeunesse de la police. Par la suite, la solidarité avec notre camarade Antoine, dont l’arrestation ciblée a eu un certain retentissement dans la région et même au niveau national, a renforcé la dynamique unitaire.

C’est une des choses importantes qui restera de ce printemps brûlant : une solidarité de classe, vivante et chaleureuse, forgée dans la lutte.


AL Douai-Valenciennes

 
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