Nucléaire : Le déclin programmé d’Areva

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Alors que le groupe français Areva, spécialisé dans le nucléaire, continue d’étendre ses lignes de communication propagandiste à qui veut l’entendre, la réalité du terrain est bien plus dure, et l’avenir économique et social de l’entreprise est menacé.

Mes journées sont certainement plus belles que les nuits de Luc Oursel, aurait pu écrire la poète. L’actuel président du directoire d’Areva qui doit publier en décembre le « Plan d’action stratégique » (PAS) à venir de l’entreprise, doit gérer des pertes financières lourdes dans une industrie en plein déclin.

Si, extérieurement, les lignes de communication n’ont pas bougé depuis des années, la vie au sein du groupe bat fortement de l’aile depuis la rentrée.

Il va sans dire que Fukushima a été un catalyseur non négligeable de la crise que traverse actuellement la première compagnie nucléaire mondiale. La Suisse, l’Italie, et surtout l’Allemagne ayant décidé de sortir du nucléaire, c’est autant de marchés juteux qui s’envolent. Alors qu’Areva envisageait un fort développement du marché de la modernisation de l’industrie nucléaire allemande, les vents ont tourné et l’annonce d’Angela Merkel de quitter l’atome va entrainer la suppression de 800 à 1.000 emplois répartis sur différents sites (Lingen, Offenbach, Erlangen...).

APPEL à la grève

Le programme de réduction des coûts d’activité des investissements devrait entraîner des coupes drastiques dans les budgets et d’autres employé-e-s du groupe seront concernés par des plans sociaux. Les présidentielles approchant, l’heure est malvenue pour officialiser ce type de démarche, mais l’arrêt annoncé de production d’usines de transformation d’uranium dans l’Aude et dans la Drôme ne laisse pas augurer d’autres alternatives. Les employé-e-s se voyant incités à prendre aujourd’hui des congés ou à suivre une formation montent déjà au créneau. Par ailleurs, des rumeurs évoquent que le PAS devrait être accompagné d’un plan de licenciement de 4.000 personnes, soit 8% des 48.000 salariés d’Areva à travers le monde.

Il n’en fallait pas plus pour que les syndicats appellent à la grève sur les sites de Marcoule, de La Hague et de Pierrelatte le 20 octobre dernier. Le même jour, le directeur de la filiale allemande d’Areva Ulrich Gräber annonçait sa démission. Et puisque les mauvaises nouvelles n’arrivent jamais seules, l’officialisation de la fermeture sous trois ans de l’usine d’assemblage de combustibles de Dessel (Belgique) employant 150 personnes ne devrait plus tarder.

Industrie trop dépensière

Il faut dire qu’Areva sait aussi se tirer quelques balles dans le pied et le développement massif de l’industrie nucléaire n’est pas sans coût. Le cas de l’EPR, un réacteur de 4e génération actuellement construit en Finlande est l’exemple criant d’une industrie trop dépensière. La construction avait débuté en 2005 et la production d’électricité devait commencer en 2009 pour une facture totale de trois milliards d’euros. Aujourd’hui, le chantier n’est toujours pas achevé et TVO, l’opérateur de la centrale, a annoncé au début du mois un nouveau retard de livraison. C’est finalement en 2014 que devrait être raccordée la centrale au réseau, pour un budget final estimé aujourd’hui à 5,6 milliards d’euro.

Pour pallier notamment à ses surcoûts et à la crise actuelle, l’État qui détient aujourd’hui plus de 80 % des parts d’Areva envisage sérieusement d’ouvrir le capital de l’entreprise à des investisseurs qataris et asiatiques.

En attendant de telles démarches, la décision a déjà été prise de reporter le début de l’exploitation des gisements d’uranium d’Imouraren au Niger à 2013 alors que les projets d’exploitation en Namibie devraient être gelés. On ne peut évidement que se réjouir de telles décisions. Et alors que la question est aujourd’hui de savoir quel sera le montant dans le budget 2012 des « provisions » devant alimenter toutes les pertes du groupe, Luc Oursel se contente de parler d’un lissage ou d’un décalage des investissements !

La réalité rattrape finalement le géant du nucléaire, croissance et développement illimité ne pouvant exister. Tout laisse finalement à penser que 2011 aura marqué les premiers pas de l’industrie de l’atome dans ce déclin de toute évidence programmé.

Antoine Concil (militant écologiste)

 
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