Opportunisme : Pourquoi le Front national est antisocial

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Ces derniers mois, le FN s’est fortement orienté vers un discours social, Marine Le Pen entendant ainsi récolter des voix de travailleurs et de travailleuses pour 2012. Pourtant, le FN reste plus que jamais leur pire ennemi, tout comme il est un adversaire de l’émancipation des femmes ou de la jeunesse précaire.

En 2007, la victoire électorale de l’UMP et de son champion Sarkozy a été le résultat d’une forte dépolitisation, notamment dans les classes populaires. Nombre de travailleurs et de travailleuses ont voté en faveur de la promesse de travailler plus pour gagner plus, et ont consacré la logique individualiste qui sous-tendait un tel discours. Pour 2012, le FN qui a le vent en poupe entend faire main basse sur un maximum de voix de salarié-e-s. Et pour cela, il est près à toutes les audaces programmatiques et idéologiques.

L’idéologie, c’est ce qui a permis à une droite sociologiquement minoritaire de devenir majoritaire en 2007. Le FN entend incarner une stratégie de prise du pouvoir. Pour arriver à cette fin, il doit élargir sa base sociale. Pour cela, il doit à la fois faire oublier – la fameuse stratégie de « dédiabolisation » impulsée par Marine Le Pen – tout ce qui l’ancre dans le ghetto de l’extrême droite – antisémitisme, négationnisme, catholicisme intégriste, homophobie, positions anti-IVG.

Il doit aussi convaincre sur le fait que son programme s’adresse au peuple dans son ensemble et pas seulement aux classes moyennes traditionnelles (artisans, commerçants, petits patrons, retraités) perçues comme le coeur de son électorat. On prend donc toute la mesure de la responsabilité des antifascistes, syndicalistes, toute la gauche radicale et spécialement les libertaires pour déjouer ce scénario cousu de fil blanc.

Fausse laïcité, vrai racisme

Les succès actuels du FN sont surtout médiatiques. Si ses résultats électoraux sont excellents en pourcentages, ils ne progressent pas en voix. Au contraire même, par rapport aux élections cantonales de 2004, le nombre de voix du FN baisse. Mais le FN est le parti qui résiste le mieux à la crise de la représentation. Face à une majorité de droite empêtrée dans les affaires, une politique économique et sociale se soldant par une pluie de cadeaux pour le patronat et les financiers, mais un déluge de coups pour les classes populaires et les classes moyennes, le FN version Marine Le Pen se dit que son heure est venue et que cette fois, il ne faut pas rater son rendez-vous avec l’histoire. Pour se poser en candidat crédible, il s’efforce d’occuper et d’élargir son espace politique à partir de deux axes. Le premier puise ses racines dans le nationalisme et le racisme, le second se nourrit de revendications sociales issues de la gauche et des syndicats tout en les assaisonnant à sa façon.

Aidé par l’UMP et une partie des médias, plus efficaces que jamais dans leur rôle d’idiots utiles, le FN s’emploie à focaliser le débat politique sur des problématiques identitaires et pour nous faire croire que l’islam constitue la source de tous les problèmes et que la laïcité, qu’il a pourtant toujours combattu, serait en danger… Le but de leur campagne raciste est de créer de faux débats pour détourner l’attention des vrais problèmes que sont le droit à un logement décent, l’emploi, le droit à un revenu permettant à toutes et tous de vivre et non de survivre ou encore l’accès gratuit aux soins. Sur toutes ces questions l’extrême droite et le Front national ne proposent aucune solution concrète et viable. Le FN dit pourtant être du côté des travailleurs, des précaires et des privé-e-s d’emploi. Depuis peu, il dit même vouloir défendre les services publics, les retraites, les emplois. Et ce discours se double d’un activisme à la porte des entreprises et de tentatives d’instrumentaliser les syndicats. Pourtant, curieusement, le FN ne s’en prend jamais aux patrons… De l’anticapitalisme sans lutte de classe, c’est bien le plat qu’entend servir le FN.

Financé par le patronat

Le Front national n’est pas, n’a jamais été et ne sera jamais un parti de travailleurs et de travailleuses. C’est un parti interclassiste qui rassemble exploiteurs et exploités. Depuis sa création, il regroupe en son sein des patrons dirigeant parfois plusieurs sociétés, des hauts cadres d’entreprises, des membres des professions libérales et des hauts fonctionnaires tout autant que des privé-e-s d’emploi, précaires et ouvriers… et ce sont ces premiers qui dirigent et inspirent ce parti. Les uns comme les autres sont organisés dans des cercles. Si le Cercle des travailleurs a été médiatisé ces derniers temps, le Cercle des entrepreneurs présidé par Jean-Michel Dubois non seulement existe, mais joue un rôle bien plus important notamment dans le financement du FN. Fidèle à la tradition fasciste, le FN adapte son discours de façon opportuniste en fonction des publics auquel il s’adresse et qu’il veut conquérir.

Mais c’est en regardant de plus près son programme qu’on s’aperçoit que le FN, et plus généralement l’extrême droite radicale qui n’a rien à lui envier, sont les pires ennemis des travailleurs et travailleuses, des jeunes et des femmes. Bien sûr, le FN dit avoir revu ses positions de fond en comble et que ses propositions récentes n’ont plus rien à voir avec l’ultralibéralisme affiché dans les années 1980 et 1990. L’examen des discours de ses dirigeants et des argumentaires du parti sur la période 2010-2011 démontre pourtant le contraire.

Pire ennemi des femmes, pire ennemi des jeunes

Contre les femmes, le FN défend une politique familiale et nataliste qui aurait pour conséquence le retour des femmes au foyer. Depuis peu, il dit ne plus combattre le droit à l’avortement, mais milite pour la fin du remboursement de l’IVG, ce qui aboutirait à remettre en cause la liberté des femmes à disposer de leur corps, surtout pour les classes populaires.

En matière d’éducation, le FN estime que le problème principal est celui de l’autorité des enseignants. Pour y remédier il veut mettre les élèves au pas, n’aider que ceux qu’il estime les plus méritants, changer les programmes d’histoire dans un sens nationaliste. Par ailleurs, il ne dit rien de la nature profondément inégalitaire du système éducatif, ne propose aucun investissement dans le secteur public et continue à aggraver les écarts entre classes sociales en votant les subventions aux écoles privées dans les Conseils régionaux.

En finir avec le code du travai

l Travailleurs et travailleuses, nous ne devons pas nous y tromper : appliquer le programme du FN serait un recul fondamental pour nos droits sociaux. Le FN veut réduire le droit de grève. En 2010 il a dénoncé la grève des cheminots. En 2011, il a reproché aux ouvriers des compagnies pétrolières de bloquer les raffineries et au gouvernement de n’avoir pas procédé plus tôt à leur réquisition. Il veut en finir avec le Code du travail et développer la négociation dans les branches professionnelles au détriment des droits collectifs. Le FN a toujours cherché à diviser les travailleurs du privé et du public. Il cherche à diviser les travailleurs français et immigrés, alors que ces derniers contribuent tout autant à la création de richesses. Ainsi l’extrême droite affaiblit la force collective de l’ensemble des travailleurs face au patronat. En ce qui concerne les salaires, il défend des augmentations au mérite et non des augmentations collectives. Pas question d’une redistribution égalitaire des richesses, car l’égalité est aux antipodes du programme du FN et supposerait une remise en cause radicale de l’appropriation privée des entreprises par la classe patronale.

Un antiracisme mâtiné d’humanisme ne peut constituer un moyen suffisant de s’opposer à l’extrême droite. C’est bien dans les entreprises, les quartiers populaires, les lycées et les universités qu’il faut balayer les prétentions de l’extrême droite qui ne visent à rien d’autre que rendre la réaction populaire. Et pour en finir avec les faux débats identitaires, il faut remettre au centre du débat politique la lutte des classes et plus généralement le combat contre toutes les oppressions et la construction d’une alternative socialiste et anti-autoritaire au capitalisme.

Laurent Esquerre (AL Paris Nord-Est)

 
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