Oumou Gueye (SUD-Rail) : « On a obtenu le respect et la dignité »

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En novembre-décembre 2017, les ouvrières et ouvriers qui nettoient les gares du nord de l’Île-de-France ont mené une grève de 45 jours. Leur employeur, H. Reinier, une filiale ­d’Onet, l’un des géants du nettoyage industriel, a fini par céder.

AL : Qu’est-ce qui a changé pour vous avec cette grève ?

Oumou Gueye : On était unis, vraiment unis, on a fait bloc. Cette grève nous a apporté beaucoup : 11 revendications sur 12 ont été satisfaites. Par exemple la prime de panier a été augmentée de 2,10 euros. Avec les 1,90 qu’on avait déjà, ça fait 4 euros. On a obtenu que les cinq responsables ne soient pas réduits à quatre. On a obtenu le retrait de la clause de mobilité [1]. Mais le plus grand changement, c’est qu’on a obtenu le respect et la dignité sur le lieu de travail.

Toutefois, le protocole de fin de grève n’est pas respecté par H. Reinier. Ils avaient dit que les CDD seraient embauché.es dès la reprise du travail ; or ce n’est toujours pas le cas. Ils di­sent maintenant qu’il faut une visite, et on attend toujours qu’ils viennent nous voir. On manque aussi de matériel, et on a des problèmes avec nos salaires.

Quel rôle ont joué les syndicats dans la lutte ?

Presque tout le monde était déjà syndiqué.e. La grève nous a donné du courage, et aujourd’hui, si c’est à refaire, on refait. La clause de mobilité a été retirée, mais ils sont déjà en train de remettre ça, ils veulent mettre une équipe qui va aller de gare en gare. Nous on n’est pas contre cette équipe, mais alors qu’ils prennent les CDD qui sont là. Sur les salaires aussi, on est prêts à bouger.

On avait une caisse de grève organisée par SUD-Rail sur Internet. Ça nous a beaucoup aidé.es. Sans cette fédération, je ne sais pas où on allait. C’est la première fois qu’on mène une grève aussi dure, contre une grande entreprise en plus. SUD-Rail, mais aussi la CFDT, FO c’est grâce à eux.

Ils nous ont donné de la force, du courage, tous les matins. Mais nous avions le dernier mot, c’est toujours nous qui prenions les décisions.

Comment envisagez-vous l’avenir à présent  ?

Pour commencer, on a plein de remerciements à distribuer : à la fédération SUD-Rail, aux politiques qui sont venu.es nous rencontrer, à la population, à celles et ceux qui ont contribué à la caisse de grève : plus de 65 000 euros ! Des gens venaient chaque matin, et le plus important c’est le soutien moral. Merci aussi aux médias qui nous ont fait connaître.

Aujourd’hui on est optimistes, on est solidaires : tous les salarié.es, on se voit, on s’appelle, on fait une réunion, on se rencontre. La grève a créé beaucoup de liens. Avant, on ne se connaissait pas, c’est des lignes qui étaient séparées, chacun était dans son coin. A présent on a échangé les numéros, on se voit tout le temps. Après avoir gagné contre la SNCF et Onet, on peut affronter n’importe qui.

Propos recueillis par François Dalemer (AL Paris-Sud)

[1Cette clause, introduite par H. Reinier, a déclenché la grève. Elle prévoyait que la société puisse déplacer les agents comme bon lui semblait, parfois loin de chez eux.

 
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