Patriarcat : Égalité professionnelle, le dernier gadget de Chirac

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« Inégalités hommes-femmes : rien ne bouge », titrions-nous dans notre édition de mars. Début mars (à quelques jours des manifestations prévues dans le cadre de la journée internationale des femmes), pourtant, la presse quotidienne se faisait l’écho de l’étude de l’Insee (Femmes et hommes : regards sur la parité), mais surtout du tapage de Chirac et du Medef pour nous dire qu’enfin patronat et gouvernement faisaient de l’égalité hommes-femmes une de leurs priorités et qu’on allait voir ce qu’on allait voir. Depuis plus rien ou presque. Explications.

La signature d’un accord interprofessionnel entre le Medef et les cinq confédérations syndicales était annoncée comme imminente. Elle devait même intervenir le 8 mars 2004 en guise de symbole.

Oh pétard ! Comme diraient nos amis marseillais.

À y regarder de plus près, il apparaît que nous sommes en présence d’une grande opération de communication gadget, comme Chirac nous y a déjà habitué sur le développement durable, la « fracture sociale » et autres attrape-gogos.

Rappelons au passage qu’il existe des lois sur l’égalité professionnelle (Loi Roudy de 1983 et Génisson de 2001) qui ne sont que très partiellement appliquées. On remarquera que ce type d’opération coïncide toujours avec une échéance électorale majeure. En fait l’affaire a été montée de toute pièce par le Medef. Mais cette opération est en train de tourner au fiasco. D’abord parce que le projet d’accord interprofessionnel n’est toujours pas signé et que même la CFDT par la voix de son secrétaire général, Chérèque, déclarait fin mars dans L’Express, que cet accord qui ne comprenait aucune obligation de résultat pour le Medef n’était pas signable. De quoi s’agit-il ? Dans le projet d’accord interprofessionnel comme dans les accords signés dans quelques grandes entreprises (Renault et PSA notamment), il est question d’encourager une plus grande mixité au travail, en adaptant les postes de travail aux femmes, en « conciliant » vie familiale et vie professionnelle (le mot est révélateur d’une volonté de maintenir la double journée de travail pour les seules femmes). Il s’agit de ne pas faire de la vie familiale un obstacle pour l’accès aux responsabilités.

En revanche, c’est le flou total sur le temps partiel imposé et la question des bas salaires, qui touche surtout les femmes, n’est pas même abordée.

Salaires et qualifications

L’exemple de l’accord professionnel minoritaire signé en novembre 2003 à Peugeot société anonyme (PSA) est du reste édifiant. Il a débouché sur des embauches importantes de femmes. Ainsi à Aulnay, 450 femmes, souvent jeunes et immigrées ont été embauchées sur les chaînes depuis la signature de l’accord. En mai 2004, les écarts de salaires entre hommes et femmes restent de 20 % dans cette entreprise. Mais il est très intéressant de savoir comment sont justifiés ces écarts de salaires. Hommes et femmes travaillent sur la même chaîne et effectuent le même travail, mais la discrimination s’opère sur la qualification. Or c’est cette différence de qualification qui justifie aux yeux de l’employeur une rémunération différente. La qualification est une construction sociale. Elle est le résultat de tensions, de conflits et d’âpres négociations. Entre patrons et travailleur(se)s, mais aussi entre travailleuses et travailleurs. Dans certaines corporations comme celles des typographes, les hommes se sont opposés il y a quelques années à toute évolution égalitaire des rémunérations sous prétexte de défense de leur statut d’ouvrier du livre.

Si pour Chirac, il s’agit surtout d’une affaire de communication, pour le Medef, il existe de véritables enjeux économiques.

Dans certains secteurs professionnels jusque là fermés aux femmes comme l’automobile, le bâtiment ou la restauration, le patronat prévoit une crise du recrutement, d’où une volonté d’embaucher davantage de femmes pour y remédier. C’est la raison essentielle de toutes ces gesticulations. Par ailleurs, comme le déclarait cyniquement le patron de PSA, les femmes constituent un marché de consommatrices à ne pas négliger et cette ouverture calculée vise aussi à améliorer l’image de marque des entreprises auprès des femmes.

Nous sommes curieux de savoir quelles mesures seront prises dans la fonction publique puisque Chirac a demandé au ministre en charge de ce secteur de faire des propositions pour juin 2004. Rappelons que sous Jospin le rapport Colmou qui prévoyait déjà des avancées pour les femmes... a terminé sous une pile de dossiers.

Une fonction publique où l’égalité dite républicaine, n’empêche pas les inégalités hommes-femmes d’exister et de se reproduire qu’il s’agisse des concours de recrutement, de la composition des jurys de concours, de l’avancement des fonctionnaires (et donc de leur rémunération) [1] ou encore de leur accès aux postes de responsabilité.

Le tapage du patronat et de la droite est à la mesure du silence des organisations syndicales professionnelles comme interprofessionnelles.

Les libertaires prompts à dénoncer leurs faiblesses devraient faire preuve également d’un peu plus de détermination pour articuler les luttes et revendications pour l’égalité sociale avec celles pour l’égalité des sexes dans les entreprises et dans les organisations syndicales.

L. E.

[1De ce point de vue la rémunération au mérite décidée par décret par le gouvernement Jospin fin avril 2002 et appliquée par la droite ne peut qu’aggraver les inégalités entre hommes et femmes : les disparités actuelles font que les femmes qui comptent pour 80 % dans les temps partiels pris sont, de ce fait, plus pénalisées dans leur avancement et plus généralement dans leur carrière que les hommes.

 
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