Patronat : L’UIMM aime bien les collabos

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Il tombe finalement bien ce scandale des caisses noires du patronat : 600 millions d’euros mis de côté pour casser des grèves ou corrompre des syndicalistes… Denis Gautier-Sauvagnac, qui ne partageait pas la vision sarkozyste du paritarisme, ne s’en relèvera pas. Mais l’État a-t-il intérêt à ce que d’autres têtes tombent ?

L’UIMM – prononcer « UI aime aime » – l’Union des industries et métiers de la métallurgie, c’est la colonne vertébrale du Medef. Depuis octobre, on sait que cette CIA du patronat stockait des fonds secrets et bricolait en douce avec notamment des syndicalistes. Son numéro 1, Denis Gautier-Sauvagnac (DGS), a fait les frais de ces révélations. Il a perdu ses titres les plus prestigieux dans le patronat, mais pas sa fortune, rassurez-vous !

Cet épisode rocambolesque appelle quelques réflexions. Tout d’abord, il paraît difficile de croire que la dénonciation des pratiques de l’UIMM au Tracfin, la cellule de lutte anti-blanchiment du ministère des Finances, soit la décision d’un salarié du guichet de la BNP concernée par les retraits massifs en liquide : 17 millions d’euros depuis 2000. C’est d’autant plus improbable quand on sait que le patron de la BNP, Beaudoin Prot, est un fervent sarkozyste.

Quand on y songe, elle tombe bien cette affaire. DGS était plus que réservé sur la conduite de la négociation sociale par Nicolas Sarkozy. Laurence Parisot, la patronne du Medef, ne l’apprécie guère et peut se réjouir de l’éviction de celui qui était le « Monsieur négociations » de la formation patronale.

En revanche, les organisations syndicales qui ont bénéficié de ses largesses doivent se dire que la situation se corse, vu que pas mal d’entre elles étaient alliées à DGS pour s’opposer aux modifications des règles de représentativité…

« Pas nous, pas nous »

Il y a eu un véritable chœur des dirigeants syndicaux pour dire que les syndicats n’avaient rien à voir là-dedans. Chérèque, le très hué secrétaire général de la CFDT, affirmait au Parisien, le 21 octobre, que « personne n’a de preuve que les organisations syndicales soient corruptibles et achetables ». C’est vrai, pour le moment, il n’y a pas de preuve. Et au train où vont les choses, on peut même se demander si ces preuves vont pouvoir être révélées un jour.

La justice, si prompte à condamner un jeune ou un gréviste, n’a toujours pas désigné de juge d’instruction. Cette affaire reste entre les mains du parquet, donc d’un subordonné du ministre de la Justice, et par voie de conséquence reste sous contrôle du gouvernement.

Certaines organisations syndicales sont maintenues sous perfusion par le patronat. Et finalement ce n’est pas très cher payé pour le patronat. Que peuvent représenter quelques liasses de billets accordées à tel ou tel, au regard des énormes avantages que représente la signature d’accords de régression sociale touchant l’ensemble des salarié-e-s ?

On ne mord pas la main qui nourrit

Évidemment, il ne s’agit pas de tomber dans le « tous pourris », le « ils en croquent tous ». La plupart des syndicalistes de ce pays ne sont pas achetés. Mais un coup de balai est nécessaire. Il y a trop d’argent en circulation. Il y a trop de dépenses supérieures aux recettes dans certaines organisations syndicales. À force de vivre au-dessus de ses moyens on finit par s’endetter… auprès du patronat.

Et dire que l’un des critères de la représentativité syndicale est justement l’indépendance vis-à-vis du patronat. Heureusement que, depuis le décret de 1966, les cinq confédérations CGT, CFDT, CFTC, CGC et FO bénéficient d’une présomption irréfragable de représentativité et qui empêche que ce critère soit discuté !

En matière de corruption, il n’y a jamais de garantie absolue. Une seule chose peut réduire le risque de corruption des organisations syndicales : leur réappropriation par les travailleuses et les travailleurs eux-mêmes !

Thierry Renard (AL Transcom)

 
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