féminisme

Pénélope Bagieu : Mainstream mais féministe

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En dix ans, Pénélope Bagieu s’est rendue incontournable d’abord comme blogueuse puis comme bédéaste à part entière. Vue de loin, c’est de la BD « girly ». Et vue de près aussi, justement.

Pénélope Bagieu n’est plus à présenter. Déjà, avant la BD, son travail d’illustratrice pour la presse et la publicité ou ses films d’animation avaient séduit le public, la critique et les commanditaires. Et depuis Ma vie est tout à fait fascinante, le blog dessiné autobiographique et humoristique qui l’a fait connaître, elle met en scène des personnages féminins qui relèvent des stéréotypes de la chick-litt (ouvrages écrits par les femmes pour le marché féminin).

Veine girly

Elle crée le personnage de Joséphine, porté au cinéma par Agnès Obadia. Chez Bagieu, les filles revendiquent donc certaines assignations de genre, et certains folklores féminins : être coquettes, amoureuses, chipies voire un peu badass – moins toutefois que chez Margaux Motin (J’aurais adoré être ethnologue) ou Deeglee (ForeverBitch) qu’il est permis de trouver un poil plus superficielles. Mais cette veine girly s’accompagne d’un questionnement plus sérieux de la place des femmes dans la société, et d’un vrai intérêt de l’auteure pour l’histoire des femmes.

Projet engagé

Très attirée par les biographies, P. Bagieu a publié une vie romancée de Cass Elliot (CaliforniaDreamin), chanteuse des Mamas And The Papas, et touchant personnage de fille au physique difficile, qui le dépasse par sa générosité et ses passions. Plus récemment en 2016, l’auteure a conçu le projet de mettre en ligne une biographie par semaine pendant des mois, et cette somme de trente portraits s’intitule Culottées, des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent. On y croise des femmes déjà célèbres, d’autres pas du tout, qui se sont illustrées par leur engagement politique et féministe, ou par leur conquête de milieux qui ne voulaient pas d’elles : le sport, la science, les arts, le journalisme, la politique… Femmes à contre-courant, pionnières, obstinées, ces vies exemplaires ont un effet libérateur, au-delà du plaisir de lecture et du trait irrésistiblement comique des dessins de Pénélope Bagieu.

Vie de femmes illustres

Voilà qui rend crédible ce que l’auteure revendique à travers le genre girly : faire en sorte d’habituer les lectrices et lecteurs à ­s’identifier à des histoires de filles, à des héroïnes genrées mais intelligentes, intéressantes. Un projet féministe et engagé à sa manière. Dans la vraie vie, sans faire de la dessinatrice une militante radicale, rappelons quelques causes qui ont bénéficié de son talent et de sa relativement grande gueule : en 2013 elle dénonce le racisme dans la publicité et son milieu ; en 2014, la BD pédagogique qu’elle réalise pour une campagne contre le chalutage en eaux profondes fait exploser la pétition de la Bloom Association de protection des fonds marins. En 2016, elle participe avec d’autres à la campagne du Planning familial pour la défense du droit à l’avortement. Une saine lecture pour les classes moyennes qui font le lectorat de Pénélope Bagieu.

Mouchette (AL Paris-Nord-Est )

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