Peugeot-Aulnay : L’amertume mais la fierté

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Les grévistes de Peugeot-Aulnay ont finalement dû reprendre le travail sans avoir gagné sur les principales revendications (salaires, préretraites, intérimaires). Passée l’amertume pour ce maigre résultat, reste la fierté d’avoir tenu six semaines, dans l’unité.

Le 28 février 2007, 400 à 500 ouvrières et ouvriers du montage de l’usine d’Aulnay-sous-Bois (93) arrêtaient le travail pour six semaines. La grève faisait suite à une négociation annuelle qui apportait 1,6 % d’augmentation soit entre 20 et 26 euros mensuels, ce qui est ridicule pour des salaires moyens proches du SMIC pour les ouvrières et les ouvriers de production.

Peu de temps après, au ferrage, des ouvriers d’un sous-traitant qui travaillent sur le site (à côté d’ouvriers à statut PSA qui font le même boulot, sur les mêmes machines, mais pas aux mêmes salaires…) obtenaient 100 euros d’augmentation uniforme. Très rapidement, les ouvrier-e-s Citroën, en l’apprenant, ont décidé de débrayer à leur tour. Leurs revendications demandaient une rallonge de 300 euros, pas de salaires à moins de 1500 euros net, l’embauche des intérimaires et la préretraite pour les salariés de plus de 55 ans. Un comité de grève s’est alors mis en place avec le soutien de la CGT, de SUD, mais aussi des syndicats plus faibles numériquement (CFDT, CFTC, Unsa). Le pro-patronal Syndicat indépendant de l’automobile (SIA, ex-CFT, ex-CSL) a bien sûr dénoncé la grève, selon lui manipulée par les politiques…

Peu d’élargissement

Dès le début, le besoin d’élargir à de nouveaux grévistes (l’usine d’Aulnay rassemble 5 000 salarié-e-s) a été la préoccupation du comité de grève. Les usines de Sochaux, Poissy, Saint-Ouen, Mulhouse, Rennes ou Charleville ont été appelées au soutien ; des ouvrier-e-s d’Aulnay s’y sont déplacé-e-s. Malheureusement la grève n’a pu s’étendre. La popularisation a été aussi au cœur des actions menées : auprès des habitant-e-s des communes de Seine-Saint-Denis, des autres entreprises (en grève ou non) et en période de campagne électorale, l’appel aux candidat-e-s présidentiables.

Deux meetings rassemblant les entreprises du 93 avec la participation d’Annick Coupé et de Bernard Thibault, représentant respectivement SUD-Solidaires et la CGT, ont été tenus, apportant un soutien solidaire et économique par les collectes effectuées. Mais la plupart des candidat-e-s de gauche ou/et antilibéraux sont aussi venus à l’usine : Laguillier, Besancenot, Buffet, Bové et Royal. Toutes et tous ont été accueilli-e-s chaleureusement et ont apporté leur soutien aux grévistes.

Malgré cette activité importante, au bout de six semaines, la situation est devenue difficile pour des ouvrier-e-s spécialisé-e-s (OS) chargé-e-s de famille, alors que PSA a refusé, jusqu’au bout, toute négociation. Un protocole d’accord a néanmoins mis fin au conflit : les revendications essentielles n’ont pas été satisfaites, mais les grévistes ont obtenu une baisse de 50 % du prix du transport privé (cars de ramassage), une prime dite de « cohésion sociale » (!) de 125 euros et une baisse du prix de la cantine à 2 euros le repas.

Si l’embauche des intérimaires a été impossible, des améliorations de leur fiche de paie ont été obtenues, permettant de mieux contrôler les irrégularités des différents marchands de travail. Les salarié-e-s de plus de 55 ans seront affecté-e-s à des postes moins pénibles, il n’y aura aucune sanction disciplinaire, six jours de grève seront payés et les jours perdus largement échelonnés jusqu’en septembre. Les camarades de SUD-Auto (seconde organisation syndicale sur l’usine où la CGT est majoritaire) ont refusé de signer la seconde partie de l’accord qui stipulait la récupération de 11 samedis travaillés pour compenser la production perdue par Citroën. La reprise du travail a été effective le 10 avril, et les grévistes ont tenu un gala de solidarité à Bobigny quatre jours plus tard.

L’unité préservée

Au final, cette grève offensive n’a pu déboucher totalement ; pour autant le moral des grévistes, rentré-e-s dans l’unité, n’a pas été atteint. La solidarité financière a été importante puisque chaque gréviste a reçu autour de 450 euros de soutien. Des améliorations économiques et de conditions de travail ont été obtenues malgré l’intransigeance des patrons. Le plus important est d’avoir fait la démonstration de la dignité des ouvrières et des ouvriers dans une usine qui n’avait plus connu une telle grève depuis 26 ans.

Et puis, même si les revendications principales n’ont pas été obtenues, il reste toujours vrai qu’une grève n’est jamais un échec, elle réunit les travailleuses et les travailleurs, leur donne confiance dans leur force, et… Elle est toujours une répétition générale pour la prochaine !

Robert Kosmann (Solidaires-Industrie)

 
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