Plan Larcher : La carte inhospitalière

Version imprimable de cet article Version imprimable


Ces derniers mois, les rapports tombent sur l’organisation du système de soins et proposent de « moderniser le service public hospitalier ». En juillet, un nouveau rapport est sorti.

Dans le rapport Larcher, la « modernisation » de l’hôpital consiste, à l’instar des communautés de communes, à regrouper de manière souple plusieurs entités sous la houlette d’un hôpital référent. « Il ne s’agit pas de fermer des hôpitaux mais d’apporter des soins adaptés à la population sur un territoire de santé donné », souligne-t-on à l’Elysée, où l’on promet de ne pas parler de « carte hospitalière » des services menacés. Mais bien sûr… ! La lutte récente contre la décision de M. Perrin de fermer la maternité de l’hôpital de Carhaix en centre Bretagne en est l’exemple le plus médiatisé d’ailleurs [1].

Communauté Hospitalière de territoire

Lorsqu’on lit le rapport Vallencien (professeur d’urologie à Paris), en date du 10 juillet 2008, on ne peut que s’interroger sur l’avenir de l’hôpital public en France. Le terme « entreprise » tend à remplacer celui d’hôpital public mais permet de se rapprocher de ce que deviennent nos établissements de soins depuis quelques années. La « nouvelle culture managériale à impulser dans les hôpitaux » va regrouper les établissements dans des Communautés hospitalières de territoire (CHT), couvrant une population de deux à quatre cent mille personnes, pour « un partage des tâches harmonieux où chaque établissement a sa place ».

4 à 10 établissements, de 7 à 20 000 salariés formeront cette CHT. Il s’agit en réalité de mettre en place une carte sanitaire comme ont été imposées les cartes judiciaires, militaires… avec les conséquences que l’on connaît.

Une gestion managériale des hôpitaux

Les futures Agences régionales de santé (ARS) vont assurer le financement des établissements. Les hôpitaux vont se spécialiser, et eux-mêmes produire leur chiffre d’affaires, qui sera géré par des actionnaires : soit l’ARS, soit une assemblée générale constituée entre autres d’élus, d’organismes d’assurances complémentaires, de membres de la chambre de commerce et de l’industrie régionale, et de quelques usagers (quatre sur trente personnes)... Ce qui sera appelé « directoire » permettra de gérer de façon souveraine le fonctionnement de la gouvernance et de nommer les directeurs des établissements.

La traduction de cette politique qui va être mise en œuvre est simple : les personnels administratifs, médicaux et paramédicaux vont perdre leur statuts de fonctionnaires et être embauchés puis débauchés en fonction des besoins de l’établissement. Le recrutement des présidents des directoires va « s’ouvrir à des personnes d’horizon divers », et donc permettre à des chefs d’entreprise de venir gérer le budget d’un territoire hospitalier, au détriment de la santé des usagers.

Conséquence sur la santé des usagers

La santé de la population importe de moins en moins : Vallencien souligne de façon méprisante que « la sous-productivité globale du service public hospitalier » est liée à « la prise en charge de toute la misère de France ». Mais les dérives actuelles dans les établissements vont s’accentuer : on ferme des services pour faire des économies, on diminue la « durée moyenne de séjour » des patients pour faire de la place rapidement. Peu importe qu’un patient qui se plaigne d’une douleur à la jambe soit sorti précipitamment d’un service pour y revenir le lendemain pour une phlébite. La productivité mène à des situations aberrantes, inhumaines, insupportables pour les équipes de soins qui ne comprennent plus cette politique de leur hôpital, non, pardon, de leur entreprise...

Heureusement, les comités d’éthiques nommés par les futurs Conseils de surveillance de ces communautés hospitalières vérifieront « l’absence de dérive mercantiliste de la production de soins ». Nous voilà rassurés...

Des campagnes d’actions coordonnées se préparent donc à la rentrée. À Paris, une intersyndicale, entre Sud-santé, CGT, FO, CFTC, s’organise depuis fin juillet contre le plan de démantèlement de l’AP-HP, s’opposant aux plans d’économies qui imposent brutalement la réduction de 38 hôpitaux AP-HP en 13 structures hospitalières. Les collectifs de défense des hôpitaux de proximité prévoient des journées d’action nationales les 18 et 24 octobre. D’ici là, les organisations syndicales et les usagers ont tout intérêt à défendre dans leur commune une politique de santé solidaire, humaine.

La victoire récente contre la décision de Perrin (directeur de l’ARH Bretagne) de fermer la maternité de l’hôpital de Carhaix en centre Bretagne est la preuve qu’on peut faire reculer ces casseurs de service public.

Goulven Boulliou (AL Rennes)

[1voir Alternative libertaire de juin n°175

 
☰ Accès rapide
Retour en haut