Politique syndicale : Des voies pour construire l’unité

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Loin des appels incantatoires, l’unité peut se construire par de nouveaux modes de fonctionnement syndicaux, qui dépassent l’unité d’action pour aller vers un syndicalisme plus fort.

La question de l’unification est récurrente dans le mouvement syndical. Mais trop souvent, elle se limite soit à un rejet, soit à des formules incantatoires, des slogans sans effet. En France, la majorité du mouvement syndical se dit favorable à l’unité. Ainsi, la CGT est pour « le syndicalisme rassemblé ». Lorsque des organisations nouvelles sont créées elles font référence à cette notion : Fédération syndicale unitaire, Solidaires unitaires démocratiques. Mais souvent, dans la pratique, rien ne vient confirmer ce souci d’unité. La quasi-totalité des courants révolutionnaires est pour un mouvement syndical unifié. Mais qui y travaille réellement ?

Se contenter d’appeler à la « centrale unique » n’entre pas dans cette perspective ; il ne s’agit là que d’une posture politique sans effet si rien de concret ne s’y rattache, qui de plus, ne crée aucune dynamique en matière d’unité d’action. Ce n’est pas un hasard si cette position est principalement défendue par des camarades qui privilégient l’unité …au sein de leur parti. La réalité c’est que lors des conflits sociaux, la quasi-totalité des tenants de l’unité par le haut… suivent les orientations de leur organisation et ne permettent pas l’émergence d’une alternative syndicale. Or, l’enjeu, c’est de réaliser l’unité des anticapitalistes dans l’action et d’agir au sein des organisations de classe pour l’unité des exploité-e-s.

Dans ce cadre, il n’y a aucun fétichisme du nom de l’organisation à avoir. Mais, le syndicalisme, c’est du concret et c’est à la base que ça se passe. Cette question de l’unité est en fait un épineux problème. Pourquoi ? Parce que celles et ceux qui ont construit un outil syndical, qu’il s’appelle CGT, Sud/Solidaires, FSU, CNT, savent qu’il n’est pas si simple de se dire et de convaincre ses camarades que toutes ces organisations se vaudraient, et qu’il faudrait se retrouver dans la même. La revendication de la centrale unique est simple à porter, par des camarades qui n’ont jamais construit de section, de syndicat … où pour celles et ceux qui la conçoivent comme étant forcément le ralliement au syndicat qu’ils ont choisi.

Des lieux de débats…

S’il est indéniable qu’un mouvement syndical unifié est plus fort, encore faut-il éclaircir à quoi sert cette unification.

Nous voulons un syndicalisme unifié, pour mieux résister, gagner sur des objectifs à court terme, et construite une société différente. Des initiatives vont actuellement dans ce sens : appel de syndicalistes rennais (voir l’article page précédente), pétition « aux états-majors syndicaux », appel de l’Union syndicale Solidaires « pour des espaces syndicaux de débats et d’initiatives, pluriels et unitaires ». Ces lieux de débats intersyndicaux sont nécessaires. Mais ils ne sont pas suffisants pour créer un mouvement syndical uni ; pour cela, il faut des actes prolongeant les débats.

… aux actes

Demander aux appareils nationaux de fusionner est bien sympathique mais on sait que cela n’a aucune chance de se faire, du moins pas sur des bases de classe, de masse et révolutionnaires. Alors, comment avancer ? Une campagne menée conjointement par toutes celles et tous ceux qui se réclament du syndicalisme révolutionnaire aurait du poids : une campagne appelant à l’unité, sur des bases claires, et non « l’unité pour l’unité » qui pousse à gommer la lutte des classes. Avec quelles perspectives ? Elles pourraient être diverses : création de comités d’unité d’action locaux rassemblant les militants et les militantes de divers syndicats, réunion commune des bureaux ou comités de syndicats différents lorsque c’est possible, ou encore création de syndicats unifiés rassemblant dans un premier temps des syndiqué-e-s gardant leur carte syndicale actuelle et des non syndiqué-e-s intéressé-e-s par la démarche nouvelle… Cette dernière solution a été utilisée par les militants et les militantes de la CGTU dans les années 1934-1935, avant la fusion CGTU-CGT. Elle a l’avantage de permettre d’avancer dans l’unité, concrètement, et en tenant compte des réalités différentes de toutes celles et tous ceux prêts à s’investir dans une telle démarche.

AL Transcom

 
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