Portugal : Une rigueur bien sélective

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Le Portugal fait partie des pays européens les plus durement touchés par la crise. Et le plan de rigueur échafaudé en réponse par le gouvernement vise essentiellement les classes populaires.

«  Nous n’avons pas de crise bancaire ou de bulle immobilière. Nos seuls problèmes sont liés à un déficit excessif en raison de la crise mondiale, et nous sommes en train de le corriger  »  : voilà ce qu’affirmait en novembre, dans une interview accordée au Financial Times, José Sócrates, le premier ministre du Portugal, qui est aussi le secrétaire général du Parti socialiste. La «  correction  » administrée aux Portugais par leurs représentants politiques est en effet sévère. Le projet concocté par le gouvernement «  socialiste  » prévoit une réorganisation en profondeur du budget 2011, sous le signe de la rigueur. Le but  ? Réduire le déficit public du pays, de 7,3 % à 4,6 % du PIB. Les mesures envisagées sont, dans le détail, variées  : baisse du salaire des fonctionnaires, hausse de la TVA, mais aussi établissement de péages autoroutiers, etc.

Mais parmi toutes ces réformes, une tendance générale émerge assez nettement. En dépit de quelques annonces superficielles, le coût colossal du plan de rigueur est supporté par le prolétariat portugais. C’est par exemple le sens du dispositif annoncé le 15 décembre par le gouvernement, concernant la limitation drastique des dépenses publiques et le marché du travail. Une double peine pour le peuple portugais, qui non seulement va voir la qualité des services publics se dégrader, mais qui se trouve en outre exposé à la destruction en règle de ses droits les plus élémentaires.

Allégeance aux marchés

Comme dans l’Espagne voisine, il s’agit tout particulièrement d’octroyer aux entreprises des marges de manœuvre démesurées, pour licencier leurs salarié-e-s. «  Réduire les coûts de restructuration  », tel est l’objectif avoué de la ministre du Travail, Helena André. En cela, le gouvernement n’a fait que se plier aux exigences et aux pressions de l’Union européenne, du FMI, et plus généralement des milieux financiers. Depuis la désormais fameuse «  crise grecque  », le Portugal fait en effet partie des États dans la ligne de mire des agences de notation, qui ont dégradé la note du pays au début de l’année 2010.

Reste que l’austérité vaut surtout pour l’écrasante majorité des habitants, mais épargne en revanche les milieux les plus privilégiés – de quoi alimenter la colère populaire, qui s’est pleinement exprimée lors de la grève générale du 24 novembre, extrêmement massive. Sans doute est-ce le plus important mouvement de protestation depuis la fin de la dictature. Comme dans les autres pays européens, la détermination populaire était au rendez-vous. Seule difficulté  : l’isolement des travailleurs et des travailleuses, alors que leurs adversaires tiennent non seulement le pouvoir au niveau national, mais qu’ils bénéficient aussi – et surtout – de formidables soutiens internationaux. Si la bourgeoisie échappe à la rigueur qu’elle préconise, ce n’est pas par hasard mais bien grâce à sa capacité de coordination, à sa cohérence sociale.

Boris (AL Paris Sud)

 
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