Présidentielle : Sarkozy : une rupture au service du Medef

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Le programme de l’UMP annonce la couleur : libéral pour les riches, sécuritaire pour les pauvres. Avec une touche de nationalisme petit-blanc de plus en plus affirmée.

Même si le candidat Sarkozy semble parfois broder son programme au gré de son inspiration et des “ coups ” médiatiques qu’il peut réaliser, il évolue normalement dans le cadre du Contrat de législature 2007-2012 de l’UMP, fondé sur “la liberté et le mérite”. “Liberté” de travailler plus pour gagner plus (en clair : contre la hausse des salaires) ; “liberté” de “choisir” l’âge de son départ à la retraite (en clair : contre la hausse des pensions de retraite, les travailleuses et travailleurs pauvres n’auront qu’à bosser jusqu’à épuisement) ; “ liberté ” pour les universités de choisir un statut d’“autonomie” (en clair : réduction du financement public et recours aux financements patronaux) ; “liberté” du choix de l’école, avec la suppression de la carte scolaire (en clair : pas de politique de rénovations des établissements scolaires sinistrés).

Quant au mérite, il sert simplement d’excuse pour exclure les “non-méritant-e-s” de la société. Sa politique de rupture, c’est ni plus ni moins que la continuité néolibérale, avec une brutalité toujours plus assumée.

Appauvrir les salariés, enrichir le patronat

Pour Sarkozy, “ on n’a pas à être pour ou contre la mondialisation, c’est un fait ”, un phénomène naturel auquel nous devrions nous plier. Son programme propose la baisse des impôts pour les plus riches : abaissement du taux maximal d’imposition, baisse des cotisations sociales des employeur-se-s, suppression des cotisations sur les heures supplémentaires, baisse de la taxe professionnelle, suppression des droits de succession. D’après lui, “ ce sont les emplois qui génèrent la croissance. Et plus cette dernière est faible, plus nombreux doivent être les gens au travail ”. Le “ contrat unique ”, sur le modèle du CNE, en remplacement du CDI et du CDD, doit répondre aux attentes du patronat. Le contrat unique facilitera les licenciements et permettra de “ plafonner les dommages et intérêts ” versés aux salarié-e-s licencié-e-s. Être payé plus... en travaillant plus : dans nombre d’entreprises, ce choix individuel deviendra une obligation. L’UMP propose d’exonérer de charges sociales “ toute heure supplémentaire et toute RTT convertie en temps de travail ”, et d’assouplir les règles du travail du dimanche.

Pour lutter contre le chômage ? La bonne vieille recette : abaisser les charges patronales… Vingt ans qu’on multiplie les exonérations sans faire reculer le chômage ! Aujourd’hui, l’ensemble de ces exonérations représente environ 23,6 milliards d’euros de cadeaux au patronat.

Contre le droit de grève

Sarkozy souhaite favoriser un “ syndicalisme moins conflictuel ” avec une loi prévoyant le vote à bulletin secret dans les entreprises, les administrations et les universités en grève “ pour en finir avec la dictature de certaines minorités ”. Son conseiller François Fillon estime que “ l’évolution du monde syndical est une des clés de la transformation française ”, et appelle l’UMP à encourager “ l’émergence d’un pôle de syndicats réformistes ”. Comme si la majorité du mouvement syndical n’était pas déjà parfaitement domestiquée !

Libéral & sécuritaire

Sarkozy prône une politique toujours plus coercitive et culpabilisante pour les plus démuni-e-s. Il veut lutter contre “ les fraudes et les abus ” et préconise que “ la loi fixera que les revenus du travail doivent toujours être supérieurs aux revenus de l’assistance ” (en clair : que les minima sociaux baisseront en même temps que les salaires). Les familles “ ne remplissant pas leur rôle ” se verront supprimer leurs allocations familiales.

En matière de politique migratoire, Sarkozy veut créer un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale qui confirme sa vision raciste et religieuse de la société, opposée à la citoyenneté. Ce sera ensuite un “ traité unilatéral “fixant” des droits et des devoirs pour les pays d’origine et pour les pays d’accueil ” et confortant la dernière loi sur “ l’immigration choisie ”.

Le projet n’oublie pas la prévention de la délinquance, avec des peines planchers pour les récidivistes, ce qui limite le pouvoir d’appréciation des magistrats. Il veut abroger l’ordonnance sur le droit pénal des mineurs de 1945, selon laquelle un mineur est condamné à la moitié de la peine d’un adulte pour les mêmes faits, et faire juger ainsi les mineurs comme des adultes.

Depuis plus de vingt ans, les inégalités n’ont jamais été aussi fortes et la répartition des richesses est toujours plus en faveur des classes dominantes. Pour contenir les troubles sociaux qui en résultent, un durcissement sécuritaire leur est indispensable.

Frédéric (AL Caen)

 
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