Réchauffement climatique : le nucléaire ne résout rien

Version imprimable de cet article Version imprimable


Avec le réchauffement climatique et la nécessité de lutter contre les gaz à effet de serre, l’industrie atomique a trouvé un véritable argument publicitaire pour nous vendre ses centrales. Soyons clairs : le nucléaire ne répond pas aux problèmes posés.

Même si le nucléaire permettait réellement de lutter contre le réchauffement climatique – nous allons voir que ce n’est pas le cas –, il ne saurait représenter une option acceptable. Quelle absurdité de vouloir sauver la planète… en la contaminant pour des centaines de milliers d’années. Il faut lutter contre le réchauffement climatique, mais surtout pas avec le nucléaire.

L’avocat du diable

Pour l’expliquer, faisons-nous un instant l’avocat du diable. Faisons comme si le risque nucléaire était négligeable par rapport au réchauffement climatique : oublions les risques de catastrophes et l’entassement des déchets radioactifs, et jouons la carte du nucléaire pour combattre les gaz à effet de serre. Le hic c’est que le nucléaire ne représente que 6,5 % de l’énergie consommée dans le monde. Selon l’Agence internationale pour l’énergie (AIE), cette part tombera même sous les 5 % vers 2030 : c’est donc trop marginal pour influer sur le climat.

On nous rétorquera que, justement, il n’y a qu’à construire des milliers de réacteurs nucléaires sur la planète afin de changer la donne. La France compte 58 réacteurs, pratiquement 1 par million d’habitants. Rapporté à l’échelle de la planète, cela ferait plus de 6 000 réacteurs, dont 1 000 en Inde et 1 300 en Chine. L’exemple de la Chine est d’ailleurs souvent mis en avant : ce serait le nouvel “ eldorado ” de l’atome, avec un gigantesque parc nucléaire en projet. En fait, compte tenu du coût abyssal et des risques monstrueux que cette industrie représente, la Chine n’envisage la construction que de 30 à 40 réacteurs, soit moins de 1 % de sa consommation d’énergie… aucun impact donc sur le réchauffement climatique.

Il faut noter que dans le reste du monde, à l’exception d’une poignée de pays dont la France, le nucléaire est partout en déclin, les centrales fermant les unes après les autres, sans nouveau programme de construction (lire Alternative libertaire du mois dernier).
Continuons malgré tout à nous faire l’avocat du diable. Saisissons une baguette magique et faisons apparaître subitement sur Terre plusieurs milliers de réacteurs nucléaires. Mettons 4 000 : on arrive ainsi à 4 400, soit onze fois plus qu’actuellement. Les réserves mondiales d’uranium, le combustible des centrales, seraient épuisées en cinq à dix ans. L’humanité se retrouverait à la tête d’un gigantesque parc nucléaire… définitivement désaffecté.

Il est donc clair que le nucléaire restera une énergie marginale sur la planète, incapable d’influer sur le climat.

Le danger climatique

En réalité, force est de constater que… c’est le dérèglement climatique qui menace le nucléaire ! D’une part avec l’aggravation des phénomènes extrêmes comme la tempête de 1999, au cours de laquelle la centrale nucléaire du Blayais (Gironde) a été gravement inondée, frôlant la catastrophe. D’autre part avec la canicule de 2003 qui a obligé EDF à réduire la puissance des centrales nucléaires, conduisant le pays au bord de la pénurie.

Le réchauffement climatique est en marche et, même si les mesures nécessaires étaient immédiatement prises au niveau mondial – ce qui est hélas loin d’être le cas –, le phénomène s’aggraverait encore pendant quelques décennies avant de ralentir. Donc, c’est inéluctable, les canicules, les sécheresses, les tempêtes… tous les évènements climatiques brutaux vont être de plus en plus fréquents et intenses. Non seulement les centrales nucléaires ne vont rien empêcher, mais elles vont au contraire être mises en grande difficulté et faire courir de graves risques de pénurie et de catastrophes atomiques.

En fin de compte, contrairement ce que raconte la propagande officielle, le réchauffement climatique est une raison de plus pour arrêter au plus vite toutes les centrales nucléaires.

Une fausse indépendance

En réalité, la France n’a aucune “ indépendance ” avec le nucléaire, car 100 % de l’uranium est importé, en particulier du Niger et d’Australie. À l’opposé, les énergies renouvelables peuvent assurer l’indépendance énergétique de chaque région du monde, sans menacer les populations ni contaminer la planète et, à production égale, créent 5 fois plus d’emplois que le nucléaire. Le lobby nucléaire argue alors souvent que certes, mais l’uranium n’est pas très cher. Il déplace le débat sur le terrain des coûts ? Allons-y.

La vraie facture nucléaire

Certaines estimations fixent à 450 milliards d’euros l’argent public investi par l’État français dans l’atome depuis cinquante ans. Or ces sommes gigantesques n’ont jamais figuré sur les factures d’électricité, laissant croire au consommateur que le nucléaire est une bonne affaire, alors qu’il ne vit que grâce à des subventions sans fin !

Mais “ l’heure de vérité ” pour le coût réel de l’énergie nucléaire viendra dans quelques années, avec le démantèlement des centrales arrivées en fin de vie. Le 26 janvier 2005, la Cour des comptes a rendu public sur le sujet un rapport explicite : contrairement aux allégations du lobby atomique, l’argent nécessaire au démantèlement n’est pas provisionné ou alors en quantité notoirement insuffisante.

Quelles seront les sommes à budgéter pour la “ fin de vie ” des centrales françaises ?

Prenons l’exemple de la Grande-Bretagne : le 11 août 2005, la Nuclear Decommissioning Authority a estimé à 81 milliards d’euros le coût du démantèlement des 20 sites nucléaires britanniques. Rapporté au parc nucléaire français qui, outre ses 58 réacteurs, compte des dizaines de sites et d’installations, dont certains absolument gigantesques (La Hague, Pierrelatte, Marcoule, Cadarache), on peut envisager un coût cinq fois supérieur : 400 milliards d’euros minimum. Economique, le nucléaire ?

Vive la crise de l’énergie ?

Pour véritablement laisser aux générations futures une Terre habitable, il faut simultanément lutter contre le réchauffement climatique ET sortir du nucléaire. Pas facile, nous dira-t-on. Effectivement… mais c’est pourtant ce qu’il faut faire.

En fin de compte, la crise énergétique est plutôt une bonne nouvelle pour la planète : si les réserves mondiales de pétrole étaient des milliers de fois plus importantes, il n’y aurait aucune limitation de consommation, ce serait la démultiplication de l’effet de serre.

Idem pour le nucléaire : imaginons que les réserves d’uranium soient illimitées et que des milliers de réacteurs recouvrent la planète. Des millions de tonnes de déchets radioactifs seraient alors produites, et il faudrait apprendre à vivre avec un Tchernobyl de temps en temps !

D’après un document du réseau Sortir du nucléaire

Le réseau Sortir du nucléaire fédère, en 2006, 765 associations, syndicats et organisations politiques, dont Alternative libertaire.

- Sortir du nucléaire, 9 rue Dumenge, 69317 Lyon Cedex 04
- Tél. 04 78 28 29 22
- www.sortirdunucleaire.org

 
☰ Accès rapide
Retour en haut