Règles : Le sang des discriminations

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Avoir ses premières règles est en Occident à la fois l’entrée dans le monde dangereux de la possibilité de grossesse et le début de la honte liée au sexe féminin. Dans les pays pauvres, c’est en plus le début de l’exclusion, de la vie sociale parfois, de l’école souvent.

Les règles, c’est le sang issu de la dégradation de la paroi utérine qui s’était épaissie pour accueillir un embryon en cas de grossesse. La sortie de l’utérus, c’est le vagin et c’est donc de celui-ci que s’écoule le flux menstruel. Quantité, couleur, épaisseur et durée sont variables entre les femmes et selon les périodes de la vie. Une femme avec un utérus et des ovaires fonctionnels va saigner environ 13 fois par an pendant plus de 30 ans.

Une source infinie de préjugés et de croyances étranges

La honte reste attachée à cette fonction corporelle. Si les hommes peuvent se moucher bruyamment en public sans souci, sortir une simple protection périodique (objet qui recueille le sang, serviette hygiénique, tampon, éponge menstruelle, coupe menstruelle) de son sac et se diriger tranquillou vers les toilettes, ne se fait pas. Il y a toute une stratégie de dissimulation de l’objet, et demander aux copines un dépannage se fait dans la discrétion totale. Avoir une tâche rouge sur son pantalon est difficile à assumer. On parle de son transit intestinal en détails, jamais de ses règles.

Les croyances et préjugés sont variables selon les pays et les époques. Les femmes, pendant leurs règles, font tourner la mayonnaise ou le vin, au Japon encore aujourd’hui la profession de maître sushi est peu ouverte aux femmes. Le préjugé majeur est celui de l’impureté. Le sang des règles est sale, c’est répugnant, et en parler l’est tout autant. Dans certains pays les femmes sont isolées pendant leurs règles, dans des conditions parfois très précaires. Dans d’autres, les fillettes n’ont pas le droit d’aller à l’école. On trouve aussi la croyance qu’il ne faut pas jeter ses protections sales avec le reste des ordures sous peine de provoquer des maladies. Parfois se laver est interdit pendant les règles.

Des dépenses impossibles pour les femmes pauvres

Le tabou lié aux règles fait aussi que ce n’est que très récemment que la médecine s’intéresse à l’endométriose, une maladie de l’appareil reproducteur féminin qui rend les règles très douloureuses et qui a longtemps était traitée par «  c’est normal d’avoir mal pendant ses règles  ».

Les protections périodiques représentent beaucoup d’argent – 20 euros par mois – 10 000 euros pour une vie - et les femmes et filles des pays pauvres n’y ont pas accès. Elles se protègent avec des feuillages, des bouts de matelas ou d’autres matériaux qui provoquent des infections, de la boue. Et il leur est impossible d’aller à l’école ou au travail. Pour les femmes sans abri, la période des règles est également très difficile à vivre. Pas d’accès aux protections, pas d’accès à des toilettes décentes, avoir ses règles, banalité biologique, peut devenir une extrême difficulté de vie et une entrave à l’autonomie des femmes.

Les règles ne devraient pas être objet de honte, source de mépris et danger pour la santé des femmes… Parlons-en, exhibons nos serviettes hygiéniques comme nos mouchoirs, donnons des produits d’hygiène aux collectes des banques alimentaires, démontons les pubs qui montrent du sang bleu  ! Expliquons  !

Christine (AL Sarthe)

 
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