Rencontres d’AL : Quelle intervention descommunistes libertaires dans le monde du travail ?




Les 11 et 12 juin dernier ont eu lieu des rencontres fédérales, rassemblant militantes, militants et ami-e-s d’AL, autour de réflexions sur notre intervention dans le monde du travail. Un temps de formation et d’échange fertile sur nos pratiques et orientations.

Le monde du travail est un système vaste et complexe. Les conditions de travail ne cessent de se dégrader sous les coups de boutoir d’un patronat toujours plus déterminé à faire basculer le rapport de force de son côté.

La confrontation majeure de l’automne 2010 a montré que le mouvement social reste en capacité de construire des mobilisations de masse. Pour autant, sa capacité à gagner sur de telles confrontations et, au delà, à construire des mobilisations offensives pose un certain nombre de questions sur l’intervention des communistes libertaires au sein de celui-ci et plus généralement au sein d’un monde du travail en pleine déstructuration. L’objectif de ces rencontres a été de faire le bilan de l’intervention communiste libertaire du point de vue du contenu politique et de la pratique.

Mutualiser les expériences, questionner et développer nos modes d’interventions afin d’allier réflexion théorique et intervention pratique, tels ont été les enjeux de ces rencontres nationales.

Automne 2010 : partie remise

Une soixantaine de participantes et participants ont ainsi pu débattre du bilan collectif du mouvement contre la réforme des retraites de l’automne 2010. Partant du constat de la forte présence dans la rue lors des journées d’action, du développement des actions directes de type blocage, mais de la difficulté dans de nombreux secteurs à construire la grève reconductible, les discussions ont porté sur l’importance des collectifs de travail et des collectifs militants pour construire la mobilisation.

Or, du fait du management du travail, dans le privé comme dans le public, et des effets des plans structurels et réformes en tout genre, on assiste à une dégradation des conditions de travail sous la menace de formes de dévalorisation des salarié-e-s, de pressions continuelles, etc., et donc à la déstructuration de la solidarité.

Une piste de réflexion serait alors de travailler à politiser la question de la souffrance au travail, pour une réappropriation collective du sens et des conditions de travail. S’appuyer sur le vécu quotidien au travail, questionner syndicalement les formes d’organisation du travail, qui individualise le vécu au travail, ne s’oppose pas à l’enjeu de construction de mobilisations de masse, bien au contraire, puisque cela peut permettre de resouder des collectifs de travail. Il y a un enjeu à développer des formations syndicales, comme il en existe déjà, autour de ces questions de l’autonomie au travail, pour dépasser le constat d’une souffrance de plus en plus grande.

Une autre piste réside dans l’articulation des revendications, touchant aux salaires, aux conditions de travail, à la précarité de l’emploi, autour d’enjeux mobilisateurs et offensifs.

Enfin, on a pu voir que, là où, localement, des liens interpersonnels ont été construits, la mobilisation a pu s’appuyer sur des assemblées générales de ville représentants les divers secteurs en lutte. Les débats se sont ensuite poursuivis autour de problématiques à articuler avec notre intervention syndicale.

Discriminations et champs de dominations au travail

La place des femmes dans les rapport de travail, les discriminations racistes et sexuelles sont des éléments importants à prendre en compte dans les luttes qui se mènent au quotidien. Bien trop souvent reléguées en périphérie des réflexions, il s’agit de réfléchir à la façon d’intégrer ces problématiques dans l’intervention syndicale et politique que nous développons dans les boites.

Or, la loi française de 2008, qui est une transcription de directives européennes crée un cadre général de lutte contre les discriminations qu’il s’agit de s’approprier pour en faire le support de luttes. Elle permet en effet, si l’on démontre l’existence de différences de traitement – écarts de salaire hommes-femmes visibles dans les bilans sociaux par exemple –, de traduire ces questions en combats collectifs, et d’avoir des résultats pour contrer ces discriminations indirectes. Dans les boîtes où l’activité syndicale est peu présente (petites entreprises, secteurs précaires, etc.), le comité d’entreprise ou le comité hygiène sécurité et condition de travail peut permettre de diffuser des notes d’information juridiques sur les discriminations pour sensibiliser les salarié-e-s.

L’enjeu est bien de sortir du déni du racisme et du sexisme au travail, ou encore des discriminations liées à l’orientation sexuelle, aux handicaps ou à l’activité syndicale, car ces discriminations sont bien souvent les laboratoires des régressions sociales qui concernent toutes et tous les salarié-e-s. C’est d’autant plus important que s’intéresser aux femmes et aux rasicé-e-s permettra de renouveler l’implantation syndicale dans des secteurs où celle-ci est difficile.

L’écologie et la question sociale

Sur cette question, les échanges ont mis en lumière la nécessité de ne pas tomber dans les pièges du « capitalisme vert », qui amène à gommer les inégalités de classe en posant le problème au niveau individuel ou au niveau de l’humanité, mais sans jamais remettre en cause le système économique.

L’autre enjeu de cet atelier sur l’écologie a été de faire le lien entre les préoccupations immédiates des travailleuses et des travailleurs (maintien de l’emploi, sauvegarde de l’outil de production), sur lesquelles se concentre l’intervention des communistes libertaires dans les entreprises, et les préoccupations écologiques, qui mettent en jeu le système de production.

Il y a nécessité d’articuler la défense des salarié-e-s, le maintien de l’activité productive et la transformation de la société : l’écologie radicale doit se placer sur le terrain de la (re)conversion des activités de production, en lien avec l’économie locale.

Outil syndical et intervention en direction des précaires

Deux ateliers ont porté sur la construction de l’outil syndical de lutte, dans l’entreprise et au niveau local, dans le contexte d’une polarisation croissante des stratégies syndicales entre réformisme et radicalité. La réflexion a été menée sur l’ancrage auprès des travailleurs et travailleuses, ainsi que sur l’intérêt de liens interprofessionnels au niveau local. Enfin, deux autres ateliers ont porté sur les luttes des travailleurs et travailleuses sans papiers ainsi que sur les précaires, chômeurs et salariés de petites entreprises. Ces franges de plus en plus larges du salariat confrontent le syndicalisme à ses limites et, pour autant, c’est auprès d’elles qu’il est le plus crucial de construire et fédérer des forces de lutte, élargies à l’ensemble du salariat.

Au final, ces journées ont permis de faire émerger des pistes d’action pour la suite, d’échanger sur les outils syndicaux et sur l’intérêt d’une intervention dans le monde du travail porteuse d’auto-organisation des travailleurs et travailleuses. Gageons que les réformes annoncées et en cours sur la santé et la sécurité sociale pourront être l’occasion de construire des mobilisations larges sur des bases revendicatives et fédératrices !

Des participantes et participants aux rencontres

 
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