Réquisition/autogestion : On travaille, on vend, on se paie

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Transformer la grève-occupation en reprise en main de l’outil de travail : parfois l’idée effleure les salarié-e-s en lutte. C’est par l’audace qu’on emporte la victoire.

À plusieurs reprises lors d’occupations d’usines s’est posée la question de la reprise de l’outil de travail, comme « trésor de guerre » et moyen de pression sur les actionnaires quand un site est menacé de fermeture (Cellatex, dans les Ardennes, en 2000) et de délocalisation (ST Microelectronics à Rennes, en 2004). À ces occasions, on a vu l’amorce d’un débat sur la réappropriation et la gestion directe de la production par les salarié-e-s.

De cette question autour de la redistribution des richesses et du pouvoir découle logiquement celle de l’expropriation du patronat et de la réquisition des entreprises par l’action directe – question devenue taboue dans les confédérations syndicales – et, par conséquent de la remise en route des entreprises sous le contrôle direct des travailleuses et des travailleurs, comme à Lip, près de Besançon, en 1973. Il serait absurde de croire que chaque entreprise menacée de fermeture pourrait faire l’objet d’une réquisition/autogestion. Mais dans certains cas, avec un large soutien de la population, ce peut être un moyen de lutte exceptionnel. Il s’agit d’une pratique qui n’est pas rare pour les syndicalistes de Guadeloupe, et l’exemple argentin prouve qu’il est possible d’aller plus loin que les formes traditionnelles d’action.

Des perspectives autogestionnaires

La rupture avec le capitalisme ne saurait cependant venir en elle-même de quelques expériences d’entreprises récupérées et autogérées. Isolées, elles courent le risque d’être étouffées par la puissance du système concurrentiel. En effet ces « îlots autogérés » devraient faire face à un État et un patronat qui n’accepteront jamais un modèle alternatif au capitalisme. Ainsi en 1999, pendant que les ouvrières de Levi’s à La Bassée (Nord) étaient en grève, la multinationale fit exprès de mettre sur le marché des jeans à prix cassé, au cas où elles auraient eu l’idée de reprendre les machines. Le patronat préfère perdre beaucoup d’argent plutôt que de laisser s’installer l’idée qu’on peut se passer de lui.

Pour tenir, ces expériences doivent donc rester liées avec les luttes en entreprises et les mouvements sociaux. Seul un mouvement populaire important peut soutenir une entreprise reprise illégalement par ses salarié-e-s, en achetant volontairement les produits qu’elle fabrique. Il y avait de cette idée dans l’air à l’époque de la lutte de Lu-Danone en 2001, quand le « mouvement social » (la grève des salarié-e-s) avait rencontré le « mouvement sociétal » (le boycott des consommatrices et des consommateurs).

La crise sociale, le discrédit des capitalistes, la révolte contre l’idée que les financiers mènent le monde, tout cela peut pousser les travailleuses et les travaillent en lutte à s’en prendre directement au droit de propriété des classes possédantes. À nous de lier cette révolte à des perspectives autogestionnaires et non étatistes.

Guillaume Davranche (AL Paris-Sud)

 
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