Réseau Repas : des Scop autogestionnaires




Les coopératives de production qui cherchent à travailler autrement, à contre-courant du modèle dominant, et malgré le marché capitaliste, ne sont pas légion. Une trentaine d’entre elles se retrouvent au sein du réseau Repas. Présentation.

La France comptait en 2010 près de 2.000 scop [1] regroupant environ 40.000 salarié.es et pesant un chiffre d’affaires de 3,5 milliards d’euros. Si elles affichent un effectif de 20 personnes en moyenne, certaines scop peuvent être très importantes, comme Acome (1.350 salarié-e-s), leader français du câble de cuivre et de la fibre optique, basé à Mortain (Manche). Ces entreprises se revendiquent de l’économie sociale parce que leurs bénéfices ne vont pas à des actionnaires extérieurs, mais sont répartis entre les « réserves impartageables » de la coopérative et les travailleuses et travailleurs sociétaires.

Quarante mille salariés

Bien peu, cependant, ont une véritable réflexion sur l’autogestion et remettent en cause la hiérarchie travail manuel/travail intellectuel ou la hiérarchie des salaires. Certaines Scop, hormis leur statut juridique, ne se différencient aucunement d’une entreprise classique, le collectif de sociétaires se faisant volontiers exploiteur d’intérimaires et autres salarié.es non associé.es [2].

Pour toutes ces raisons, le Réseau d’échanges et de pratiques alternatives et solidaires (Repas) mérite un coup de chapeau. Créé voici une quinzaine d’années, le Repas regroupe une trentaine de structures qui cherchent concrètement à mettre en œuvre « des pratiques économiques qui ont d’autres objectifs que le profit, la course à la consommation ou le tout à l’économie » et se revendiquent de « pratiques libres et solidaires ». On y trouve par exemple la scierie Ambiance Bois (Creuse), la filature Ardelaine (Ardèche), plusieurs groupements agricoles d’exploitation en commun (Gaec) dans l’Orne et dans la Creuse, ou encore l’association Le Mât, à Valence, qui redessine la ZUP de Fontbarlettes en développant des jardins partagés et en poussant à l’intervention populaire sur les projets d’urbanisme et le cadre de vie.

Qu’est-ce qui fait la démarche autogestionnaire des entreprises et associations adhérentes au Repas ? Le réseau donne la réponse :

« Lorsqu’elles sont dans l’agriculture, elles créent une structure collective regroupant des partenaires autour d’une production diversifiée et une commercialisation associant les consommateurs. Lorsqu’elles sont dans la transformation d’une ressource locale, elles adoptent des structures coopératives et stimulent le développement économique et social dans leur environnement en générant ou participant à un foisonnement d’activités. Lorsqu’elles sont dans le culturel ou le social, elles mettent en œuvre des modes de management déhiérarchisés où chacun est une personne avant d’être une performance. »

Compagnons de l’autogestion

Le réseau Repas tient des rencontres deux fois par an, généralement sur le site d’une des entreprises, mais pas toujours – la dernière était par exemple en avril, au Lycée autogéré de Paris, pour un bilan de quinze années d’existence. La structure d’accueil propose la thématique. Cela permet, selon le réseau, de faire « un tour de France des alternatives ». Les thématiques abordées sont très variées, en fonction des préoccupations du site d’accueil : l’argent, l’usure des équipes, l’organisation, la transmission entre fondateurs et suivants, l’éducation populaire, etc.

Le réseau Repas ne tourne pas en vase clos. Des formations sont organisées au sein des entreprises du réseau, via un « compagnonnage alternatif et solidaire » pour des jeunes de 18 à 30 ans. Le parcours est constitué de périodes d’environ un mois d’immersion individuelle en entreprise et d’« actions collectives » où 4 à 7 compagnons mènent, en autogestion, un projet avec une des entreprises.

Enfin, le réseau tient une maison d’édition. Sa collection Pratiques utopiques compte déjà une douzaine de titres, dont Scions… travaillait autrement ? (sur Ambiance Bois), Moutons rebelles (sur Ardelaine), Télé Millevaches (sur une des premières télés locales en France), Chantier ouvert au public (sur la réhabilitation d’un village d’Ardèche).

Au sein du réseau, la scierie Ambiance Bois et la filature Ardelaine ont signé l’appel pour la tenue de la Foire à l’autogestion qui se tiendra les 23 et 24 juin à Montreuil (Seine-Saint-Denis).

Guillaume Davranche (AL Montreuil), d’après le réseau Repas


FOIRE À L’AUTOGESTION : ÇA AVANCE

Le projet de Foire à l’autogestion, qui doit se tenir sous les immenses charpentes 1900 de la Parole errante, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), les 23 et 24 juin, avance bien. À ce jour, plus d’une soixantaine de structures – coopératives de production, associations, syndicats et formations politiques – ont adhéré au projet.

L’idée est de créer un événement festif et populaire, bigarré et pas prétentieux (d’où le nom de « foire »), avec des stands, des espaces de débat retransmis à la radio, des projections de films, un concert, un village du livre, un espace enfants, des ateliers pratiques… Les choses prennent forme peu à peu au fil des débats au sein du comité d’organisation.

Deux choses importantes en ressortent pour l’instant.

Primo, la volonté est de ne pas s’en tenir à un « forum social » un peu fourre-tout. Il y en a déjà eu de multiples, qui ont rempli leur rôle. Là, l’ambition est différente, puisque le pivot de cette « foire » sera une idée-force : l’autogestion, « réponse possible à la faillite du système capitaliste et étatiste » comme le dit le manifeste de la Foire.

Secundo, il y a la volonté de ne pas faire de cet événement uniquement un « temple du logos », mettant en lumière les militantes et les militants aguerris, habitués à la parole. On compte donc mettre en place des ateliers pratiques, manuels, des projections vidéo, des jeux… autant de portes d’entrée dans l’idée d’autogestion. Il y aura ensuite de multiples débats. Pas que sur l’autogestion, d’ailleurs, mais on sait d’ores et déjà que seront programmés des forums sur l’auto-organisation des luttes, le syndicalisme, la reprise ou la création de boîtes autogérées en milieu capitaliste, la pédagogie, l’antiproductivisme et la décroissance, le projet de société autogestionnaire…

G. D.

[1Sociétés coopératives et participatives. Chiffres de la CGSCOP.

[2Lire « Entreprises : la reprise en main, dans l’air du temps », dans Alternative libertaire de mars 2012

 
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