Retraites : Seront-elles réduites d’un tiers ?

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Lors de la campagne présidentielle, Macron avait claironné le principe selon lequel il voulait refaçonner le système de retraites  : «  Un euro cotisé donnera les mêmes droits pour tous.  » La formule peut paraître juste… vue de loin. Elle renvoie en réalité à un système tout ce qu’il y a de plus inégalitaire  : la retraite par points.

Ce sera un des coups de tonnerre sociaux de l’année 2019. D’après les calculs de la CGT, l’application du calcul «  par points  » à l’actuel système de retraites ferait passer une pension actuellement de 1 600 euros à… 1 000 euros. [1] D’où sort ce pronostic  ? De l’extrapolation d’une réalité connue  : en effet, le calcul par points existe déjà pour les retraites complémentaires.

Rappelons que le système de retraites français est aujourd’hui composé de trois étages. Le 1er étage, c’est le régime de base, assuré par l’assurance vieillesse selon le principe de la répartition, et qui a subi toutes les attaques gouvernementales depuis vingt-cinq ans. Le 2e étage, c’est celui des retraites complémentaires (Agirc-Arrco) cogérées par les syndicats et le patronat. Le 3e étage, c’est celui des retraites dites «  supplémentaires  », facultatives, sous le contrôle d’assurances privées, par capitalisation, encouragées par les divers gouvernement néolibéraux PS-UMP-LRM.

Arrêtons-nous donc sur le 2e étage. Pour sa retraite complémentaire, une ou un salarié accumule des points en fonction de son salaire. Le nœud du problème, c’est que la valeur du point fluctue chaque année en fonction de l’espérance de vie, du nombre d’actifs, voire du taux de croissance. Ce n’est qu’au moment du départ en retraite qu’on connaît le montant de sa pension complémentaire. Par ailleurs, celle-ci est calculée sur l’ensemble de la carrière, contrairement à la pension de base, calculée sur les 25 meilleures années (dans le privé) ou les six derniers mois (dans le public). Les salarié.es ayant eu des périodes de chômage, des temps partiels, des congés longue maladie, des congés parentaux, etc. sont donc pénalisé.es. Et bien sûr les femmes, elles, sont surpénalisées.

Aujourd’hui, le régime de base compense partiellement les périodes non travaillées. Avec un calcul par points, c’en serait fini. Il n’y aurait plus qu’un nombre de points accumulés. C’est bête, méchant, comptable.

Comme d’habitude, la communication gouvernementale raconte que l’essentiel est préservé  : l’âge de départ à 62 ans et le système par répartition, en vertu duquel les pensions des retraité.es sont financées par les actifs. Mais cet âge va devenir de plus en plus théorique  : on pourra partir à 62 ans oui, mais avec une pension minable  ! Les salarié.es qui en ont les moyens paieront pour des retraites supplémentaires, et le secteur des assurances privées sera le grand gagnant de cette politique.

Partir à 62 ans, avec une pension minable

La gestion de ce système est idéale pour les libéraux, puisqu’elle passe en pilotage automatique  : le montant des pensions est indexé sur le cumul des cotisations  ; les choix politiques s’effacent derrière la technocratie.

Mais l’objectif du gouvernement est double. Suite aux réformes de 2003 et de 2010, le régime de base s’est retrouvé bénéficiaire en 2017 et 2018. En effet, les pensions ont tellement baissé qu’il y a désormais trop de cotisations dans les caisses… Qu’à cela ne tienne, c’est l’occasion de supprimer des cotisations  ! On attendra que l’assurance vieillesse soit de nouveau déficitaire pour, de nouveau, pleurer sur «  le trou de la Sécu  » et baisser les pensions… C’est ce qu’on nomme un cercle vicieux.

Le cercle vicieux

En 2018, Macron a ainsi supprimé les cotisations salariales pour l’assurance maladie et l’assurance chômage, les remplaçant par une augmentation fiscale, celle de la contribution sociale généralisée (CSG). En 2019, de nouvelles exonérations sont prévues  : il n’y aura par exemple plus du tout de cotisations patronales sur les salaires au niveau du Smic.

En d’autres termes, on nous rabâche qu’il n’y a plus d’argent pour financer les retraites, mais en réalité on donne toujours plus d’avantages au patronat, qui ne finance presque plus la protection sociale. Le 10 octobre, le gouvernement a rencontré les syndicats et a mis deux projets sur la table  : le recul de l’âge de départ à taux plein à 63 ans  ; le calcul par points. Un brin fébrile, il a cependant préféré présenter sa réforme après les élections européennes de mai 2019. D’ici là, il appliquera la même méthode de négociation que sous Hollande  : les «  partenaires sociaux  » – syndicats et patronat – doivent se mettre d’accord… dans le cadre de ce que leur prescrit le gouvernement.

Le scénario est donc à peu près joué. Les ambitions du gouvernement sont en effet analogues à celles de la CFDT. En 2017, celle-ci a entériné, avec la CGC, la CFTC et le patronat, le recul de l’âge de départ à taux plein de 62 à 63 ans pour les pensions complémentaires, sous prétexte que c’était la seule solution pour les «  sauver  »  !

Un principe simple  : c’est notre travail qui crée la richesse, c’est le patronat qui l’accapare. Il faut revenir à un système de solidarité financé exclusivement par des cotisations sociales, annuler toutes les exonérations patronales, augmenter les salaires et les pensions, et atteindre le plein emploi par la réduction et la répartition du temps de travail.

Que revendiquer ?

Enfin, il faut revenir à la «  gestion ouvrière  » du système de retraites, comme en 1945. C’est aux travailleuses et aux travailleurs de décider de ses orientations, par l’intermédiaire de leurs organisations syndicales  : l’État et le patronat n’ont pas à faire main basse sur nos cotisations  ! Nous les produisons par notre travail, battons-nous pour en garder le contrôle !

Grégoire (AL Orléans)


Ce qu’ils nous coûtent déjà

  • le crédit impôt compétitivité emploi et le pacte de responsabilité, créés par Hollande = 35 milliards d’euros par an
  • les exonérations de cotisations patronales = 25 milliards d’euros
  • le travail dissimulé (donc sans cotisations) = 6 milliards d’euros

Ce qu’ils comptent économiser sur notre dos

  • une application stricte du calcul par points = une retraite moyenne à 900 euros au lieu de 1 400 euros à la louche = 100 milliards d’euros économisés par le patronat
  • recul de l’âge de départ de 62 à 63 ans = 10 milliards d’euros environ

Des revendications pour de meilleures retraites

  • le plein emploi = 73 milliards d’euros en plus pour les caisses de retraites
  • l’égalité salariale femmes-hommes = 10 milliards d’euros en plus pour les caisses de retraites
  • 300 euros d’augmentation de salaire pour toutes et tous = 2 milliards d’euros en plus pour les caisses de retraites

[1Union régionale CGT Île-de-France, «  Retraites  : Des solutions de progrès existent  », 13 novembre 2018.

 
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