Révolutions arabes : le mythe de l’exception marocaine

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Le Maroc reste pour beaucoup d’« experts » et gouvernements occidentaux une exception et un rempart contre toutes les menaces : islamiste, migratoire, populaire. En réalité, le Maroc n’est pas ce bon élève du FMI en voie de démocratisation.

La croissance économique du Maroc ne profite qu’à une frange minoritaire (famille royale et grandes familles patriciennes : le Makhzen) : celle qui contrôle l’économie du pays. En face : une population appauvrie à grands coups de mesures libérales.

Nul besoin des divulgations de Wikileaks sur la corruption au royaume pour étayer ce constat. En fait de démocratisation, le jeu politique télécommandé par Mohamed VI et ses proches cache plutôt une répression quotidienne des syndicalistes, militants politiques et associatifs, chômeuses et chômeurs diplômés, et étudiants qui osent tenir tête à un pouvoir absolu.

Entre cette répression par le pouvoir et le mépris des pseudo partis d’opposition, la situation intérieure au Maroc est explosive. Ainsi les émeutes de Sidi Ifni en 2008 traduisent un sentiment de colère et de volonté de faire valoir le droit du peuple, quand toutes les portes institutionnelles lui sont fermées.

Le mouvement du 20 février

Lorsque le Maghreb s’est embrasée, le peuple marocain a tenu à répondre présent pour que ça change. Ainsi fut créé le Mouvement du 20 février, date de la première journée de mobilisation populaire. Depuis, d’autres dates ont suivi. Ce mouvement est constitué majoritairement de jeunes, avec une représentation assez importante de la gauche radicale. Lors de la mobilisation, libérée du poids de la peur éternelle du Makhzen, qui fait encore pression sur la rue, la monarchie voit son autorité contestée par la revendication d’une monarchie constitutionnelle, sujet tabou jusqu’ici.

Le pouvoir, craignant un scénario à la tunisienne ou à l’égyptienne lors de ces manifestations, a fait disparaître les forces de l’ordre dans la majorité des grandes villes. Cela ne l’a pas empêché de réprimer les manifestantes et les manifestants à coups de matraque et de tabassages : ce qui a donné lieu à des émeutes dans des villes telle que Tanger, Fès, Marrakech, Séfrou… Bilan : six morts !

Le mouvement se radicalisant et recueillant de plus en plus d’adhésion à ses revendications, Mohamed VI fait des discours et quelques concessions, pour calmer les esprits des sujets de sa majesté. Il crée le Conseil économique et social (à la tête duquel sont nommés des gens de la haute sphère des affaires, et quelques « syndicalistes » à qui la lutte des classes ne dit plus rien).

Il promet une instance en vue de modifier la constitution, ainsi qu’une décentralisation du pouvoir en réponse aux demandes d’autonomie des régions Amazighs (Berbères et Rifains).

De maigres promesses qui ne peuvent dissimuler la répression qui continue, souvent dans des villes isolées, comme à Khribga, où le 15 mars les forces de police voulant mettre fin à une mobilisation de jeunes chômeurs, ont déclenché une émeute.

Certes le Maroc ne connaît pas (encore ?!) de soulèvement de même intensité que d’autres pays du Maghreb et du Machrek. Mais le dynamisme contestataire dans lequel s’implique une part grandissante du peuple continue de briser les murs de l’absolutisme. Il laisse espérer un renouveau profond du champ politique et social, qui remet en cause non seulement les dictatures, mais tout le système capitaliste mondial qui les protège et les soutient !

Marouane (AL Paris Nord Est)

 
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