Roman : Le Bloc de Jérôme Leroy

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Des émeutes de plus en plus incontrôlables. Le gouvernement débordé. Le chaos annoncé. La nuit où tout se négocie, deux hommes, Antoine et Stanko, attendent. L’un des deux sera certainement nommé ministre. L’autre, chef du service d’ordre du Bloc patriotique, devra mourir.

En effet, le Bloc patriotique, dirigé par Agnès Dorgelles, est sur le point d’accéder au pouvoir. Et il est temps pour le parti d’extrême droite de se débarrasser de ses éléments les moins présentables. Cette nuit, les deux hommes vont revenir sur leur parcours et sur l’ascension de leur parti. Tous les deux sont comme deux frères que tout sépare, sauf la volonté de mener un parti fasciste au pouvoir. Ils ont tout vécu ensemble, les basses besognes, les manipulations, les intimidations, la violence, la haine…. Tous les deux ont fait les 400 coups (de battes de base-ball). Le pire, c’est qu’ils ont aimé cela et ne regrettent rien. Ils sont maudits et ils le savent. L’un s’est racheté une conduite en devenant le « respecté » époux de la « présidente ». L’autre, homme de rien devenu homme de main, est de trop.

Le portrait de la France dressé par Leroy n’est pas si éloigné de la réalité. Ce n’est pas une France décomplexée qui se jetterait avec insouciance dans les bras du Bloc patriotique, mais un pays qui s’y réfugie, acculé par une classe politique en pleine faillite. Polar passionnant sur le Front national, le Bloc est aussi le portrait de cette France qui baisse le front.

Et c’est surtout l’occasion de revenir sur les trente dernières années d’ascension du FN. Le livre fourmille d’anecdotes (vraies) et de références à cette histoire et en parallèle à celle des antifascistes.

Pour autant, Jérôme Leroy n’écrit pas ici un roman antifasciste qui aurait vocation à donner des leçons. Non. Dans les traces d’un Manchette ou d’un Fajardie, Jérôme Leroy a fait le choix de l’anti-manichéisme : les héros sont des salauds. On le sait mais on ne le dit pas. On se sent même parfois proche d’eux. L’un des personnages est tutoyé, l’autre s’adresse directement à nous à la première personne. On navigue entre répulsion et empathie, condamnation et compassion, dégoût et pitié. C’est déroutant mais efficace.

Alain Sigualéa

Jerome Leroy, Le bloc, Gallimard, 2011, 295 pages, 17,50€euros.

 
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