Roman : Philippe Huet, « Le feu aux poudres »

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Troisième et dernier roman de sa trilogie sur les luttes ouvrières du Havre, Philippe Huet nous plonge cette fois dans l’ambiance électrique qui précède l’explosion sociale de 1936.

On retrouve à nouveau le journaliste Louis Albert Fournier ainsi que l’écrivain Céline déjà croisé auparavant lorsqu’il était médecin sous le nom de Louis-Ferdinand Destouches. Mais c’est aussi le métallo enragé de 1922, Victor Bailleuil, qu’on retrouve dans Le Feu aux poudres. Il est désormais employé chez Bréguet, grande entreprise d’aviation, tenue d’une main de fer par la ligue nationaliste des Croix de feu. Il ne se passera jamais rien chez Bréguet, disait-on, pas de tradition de luttes, trop de répression patronale... Et pourtant, clandestinement, la CGT réunifiée a ses infiltré.es dans l’entreprise et travaille patiemment à l’organisation de la lutte. Alors que la direction décide de licencier deux ouvriers qui ont participé au 1er Mai, la grève se déclenche en solidarité et prend un tournant particulier lorsque qu’il est décidé d’occuper l’usine ! En particulier l’atelier de confection du Bréguet 730, prototype d’hydravion, bijou de l’entreprise.

Comme pour les deux précédents romans, difficile de faire la différence entre l’historique et le fictif tant l’auteur s’inspire des faits et personnages de l’époque. Ainsi, Huet a par exemple calqué le personnage de René Haudouin dans le roman sur celui de Louis Eudier, secrétaire du syndicat CGT des métaux du Havre en 1936 et futur déporté. C’est lui qui proposera aux ouvriers de Bréguet l’idée de l’occupation et c’est bien cette usine qui lancera ainsi le 11 mai le ton inédit du mouvement de grève de 1936.

Pour finir cette trilogie, l’écrivain semble prendre le temps de développer plus en profondeur les histoires personnelles de ses héros, histoires d’amour entre autres. La lutte ouvrière et syndicale est moins au premier plan que dans Les Quais de la colère et Les Émeutiers (voir AL de janvier 2018). Elle reste néanmoins l’ossature du récit et le lien qui unit l’ensemble des personnages. Toujours également, Le Havre en toile de fond, ses bistrots, son port, ses quartiers ouvriers… Du grand Huet à nouveau donc, pour clore cette superbe trilogie historique, instructive et explosive. À lire absolument !

Benjamin (AL Nantes)

  • Le Feu aux poudres, Philippe Huet. Éditions Rivages. 352 pages. 20 euros.
 
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