Roms : La lutte ne se fait pas en un jour

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Des propos tenus par des politiciens dignes de la pire période de l’histoire, des politiques publiques d’expulsions catastrophiques pour les populations : il est urgent que les Roms s’organisent collectivement pour résister avec l’aide de la solidarité des associations.

Après Valls qui affirme que « ces gens-là ne veulent pas s’intégrer » devant un bidonville où une personne est morte dans l’incendie du camp, voilà un maire centriste qui regrette qu’Hitler n’ait pas fini le travail et un maire UMP qui soutiendrait l’assassinat d’un Rom par un concitoyen en colère ! Clairement les Roms vont être les otages des élections municipales qui arrivent. Ce qui nous impose une vigilance et une solidarité accrues.

Durant l’été des dizaines de bidonvilles ont été écrasés. Le préfet du 93 se vante d’avoir expulsé la moitié des Roms vivant dans le département sans préciser qu’ils sont toujours là, quelques kilomètres plus loin, dans des conditions encore plus difficiles, avec des familles qui ont perdu les réseaux de solidarité, avec des enfants qui ont perdu leur école, des malades qui ont perdu la continuité des soins. Comme le disent les associations engagées dans le soutien aux Roms : rien qu’avec l’argent public gaspillé dans les frais de justice, de police et de destructions, on pourrait immédiatement stabiliser toutes ces familles dans des structures d’urgence avec le minimum nécessaire à la dignité.

Une politique d’expulsion vouée à l’échec

Comme pour toutes les vagues d’immigrations, les Roms finiront par se faire une place dans notre pays. D’autres ont connus les bidonvilles : Algériens, Marocains, Italiens, Portugais. Les Africains ont connu la sur-occupation étouffante de foyers insalubres. Et tous ont fini par trouver leur place et s’installer, y compris ceux qui à l’origine pensaient ne rester que quelques années avant de rentrer « au pays ». La politique d’expulsion est donc vouée à l’échec et ne fait que retarder la politique d’intégration qu’il faudra un jour mener. En attendant, la politique des gouvernements français de Sarkozy à Hollande a comme conséquences l’explosion de naissance d’enfants handicapés (grossesses non suivies), l’explosion de maladies contagieuses et de pathologies lourdes (insalubrité et absence de parcours de soins), l’explosion de l’analphabétisme (scolarisations en miettes). Le coût humain et social de cet aveuglement est exponentiel !

Après des siècles de quasi-esclavage et des décennies de répression stalinienne, les Roms n’ont pas de tradition politique forte. Et les bidonvilles régulièrement écrasés ne laissent guère le temps que se créent les solidarités et les confiances indispensables à l’émergence de luttes collectives des Roms eux-mêmes. C’est pourtant ce à quoi travaillent certaines associations qui refusent de se limiter à du caritatif. En Île-de-France, deux manifestations dans Paris ont été organisées au premier semestre. Lors de la seconde on a vu les Roms s’emparer de la sono et des codes d’une manifestation.

L’indispensable solidarité pour l’émergence de luttes autonomes

Fin août à Bobigny, les familles et leurs soutiens ont résisté collectivement à l’expulsion, bloquant l’avenue à l’entrée du bidonville « des coquetiers », dans un face à face de douze heures avec la police. Puis elles ont franchi le cordon policier pour se réfugier sous la halle de la mairie où elles ont passé la nuit en réclamant une solution collective de relogement. En fin de journée suivante, la mairie annonçait que les familles pouvaient retourner sur le terrain et acceptait enfin de « reconnaître » ce bidonville (un terrain « officiel » et une « aire d’insertion » existent déjà sur la commune). En punition, la préfecture refuse de rendre les caravanes confisquées.

Cette victoire collective, favorisée par une histoire du terrain de plusieurs années et la scolarisation totale des enfants du site, débouche sur la mise en place de délégués et de décisions positives sur l’autogestion du site (nettoyage, etc.). Elle montre aussi que c’est par les luttes que passe le chemin de l’intégration.

Jean-Yves (AL 93)

 
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