SNCF : On est encore debout !

Version imprimable de cet article Version imprimable


Avec des taux de grévistes historiques, le récent conflit à la SNCF, sans remettre en cause les confédérations syndicales, a vu se développer des méthodes d’auto-organisation. Autant de points d’appui pour des cheminotes et des cheminots toujours insoumis.

Un rappel s’impose : le 18 octobre, seuls trois syndicats de la SNCF avaient déposé un préavis de grève reconductible : SUD-Rail, FO et la très catégorielle Fédération générale autonome des agents de conduite (FGAAC). De leur côté, CGT, Unsa, CFDT, CFTC et CGC n’avaient appelé qu’à une grève « carrée » de 24 heures et surtout avaient boycotté les assemblées générales (AG) de grévistes. Malgré tout, de nombreuses équipes CGT avaient participé aux AG – massives – et voté la reconduction de la grève les 19 et même 20 octobre, désobéissant à leur direction fédérale… sérieusement ébranlée ! [1]

Du coup le 14 novembre, par peur de se faire déborder, toutes les fédérations, à l’exception notable de la FGAAC, ont été contraintes de déposer, à l’instar de SUD-Rail et FO, un préavis de grève reconductible. Et la fédération CGT a dû reconnaître, au moins implicitement, la légitimité des AG.

Premier fait notable : plus de dix ans après Décembre 95, nous avons donc renoué avec la pratique des AG ! C’est une moyenne de plus de 20 000 grévistes qui ont participé quotidiennement aux assemblées d’établissements ou inter-services (de 20 à 1 500 personnes par AG), ce qui a permis d’ancrer ce mouvement dans la durée.

Beaucoup de jeunes cheminots et cheminotes avaient intégré la SNCF sans avoir connu les grèves de 1995 qui ne représentaient qu’un passé lointain un peu mythique. Les médias tablaient beaucoup sur leur supposée « dépolitisation » et leur « individualisme ». Raté ! Ils se sont impliqués et ont pu vivre des moments intenses de lutte et de solidarité. Second fait notable : de nombreuses adhérentes et adhérents de la CGT n’ont pas obéi aux consignes de leur fédération, et ce dès le 18 octobre. Que la base CGT déborde parfois sa direction est positif. Il n’y a plus qu’à espérer que le fonctionnement de la confédération, hiérarchie et bureaucratie comprises, soit remis en cause. Même certains syndicats régionaux CFDT ont dénoncé la trahison de leur fédération. Quant aux militantes et militants de la FGAAC, certains se sont estimés floués par leur fédération (qui a retourné sa veste dès le 18 au soir) et ont continué la lutte.

Une auto-organisation incomplète

Si les mots ont un sens, on ne peut toutefois pas encore parler d’une véritable auto-organisation de la lutte. Une grande partie des AG a marqué son refus du passage de 37,5 à 40 annuités, des décotes, de l’indexation des pensions sur les salaires, du double statut pénalisant les jeunes et les futurs embauchés. Mais elles n’ont pas réussi à imposer le refus des négociations tripartites « entreprise par entreprise », voulues par Sarkozy et acceptées par Bernard Thibault. Il y a donc eu absence de contrôle démocratique des AG sur des fédérations syndicales qui se sont précipitées à la table des négociations.

La CGT a manœuvré habilement en sabordant un mouvement encore puissant une semaine après le début de la lutte. Si Didier Le Reste, patron de la CGT-Cheminots, ne donnait officiellement aucune consigne de reconduite ou de reprise au soir du premier jour de négociation, dans les faits, la CGT faisait voter la reprise dans une cinquantaine d’AG où elle était majoritaire, sur un total de 250. Dès lors, le mal était fait. La direction de la SNCF et la propagande médiatique n’avaient plus qu’à braquer les projecteurs sur les régions où le trafic commençait à reprendre, pour décourager les grévistes.

La situation reste paradoxale, puisque, si les pseudo-négociations ne prendront fin que le 18 décembre, s’il n’y a plus d’unité fédérale à l’heure actuelle et que le mouvement de grève du 14 novembre a été sabordé, les cheminotes et les cheminots ne sont visiblement pas résignés. Les courants syndicaux de lutte, SUD-Rail et « CGT contestataire », ne demandent qu’à recevoir l’appui interprofessionnel indispensable dans la bataille des retraites. L’heure n’est pas encore aux comités de grève ou aux coordinations, mais des graines de révolte et d’espoir ont été semées pour l’avenir.

Shlominot (AL Paris-Est Belleville)

[11. Lire Alternative libertaire n° 167, novembre 2007.

 
☰ Accès rapide
Retour en haut