SNCF : Qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu ?

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Depuis la remise du rapport Spinetta en février et la confirmation que le gouvernement reprenait à son compte l’essentiel de ses préconisations, la colère gronde à la SNCF. Une majorité de cheminotes et cheminots ont participé aux grèves et actions de ces dernières semaines. Pourtant, le rapport de force engagé n’est pas suffisant. Pour quelle raison ?

Alors qu’une large majorité de salarié.es s’est mobilisée à plusieurs reprises, notamment le 22 mars, puis les 3 et 4 avril, la grève qui se poursuit à la SNCF s’installe dans des modalités nettement insuffisantes pour envisager de gagner  !

Pourtant, malgré le matraquage médiatique, les signes de soutien des usagers du ferroviaire sont nombreux, les salarié.es de nombreux secteurs professionnels misent sur la confiance que pourrait redonner aux travailleuses et travailleurs le conflit des cheminot.es  !

Une grève « innovante » ?

Depuis le 3 avril, la plupart des assemblées générales de grévistes ont fait le choix de suivre les modalités décidées par les fédérations CGT, UNSA et CFDT de faire grève deux jours sur cinq. Cela s’explique notamment par tout un travail de préparation de ce mouvement très frileux, sur le thème de la «  grève qui ne doit pas coûter cher aux grévistes  », mais aussi par un discours inaudible des fédérations SUD-Rail et FO qui auraient pu être davantage offensives pour défendre d’autres modalités  ! Par ailleurs, les grévistes soumis à déclaration préalable (une des nombreuses restriction au droit de grève que la SNCF impose désormais à plus d’un.e cheminot.e sur trois de se déclarer gréviste 48 heures à l’avance) doivent faire leur choix à l’avance sur le préavis de grève qu’ils comptent suivre, ce qui dépossède un peu plus les AG de leur capacité à décider de leur mouvement  ! Toutes les fédérations syndicales ont appelé à « durcir le mouvement » alors que Macron et Pepy font quotidiennement dans la surenchère  : suppression pure et simple du régime spécial de retraite en 2019, filialisation de l’activité fret et de la gestion des gares, dénonciation de tous les accords locaux favorables aux salarié.es, dérogation à l’accord sur le temps de travail partout où c’est possible d’ici cet été, casse des déroulements de carrière qui devaient prendre en compte l’ancienneté…

Un vrai recul dans l’auto-organisation

Mais plutôt que de «  durcir la grève  » en annonçant une reconductible, la CGT cheminots a menacé de poursuivre la grève deux jours sur cinq au-delà du mois de juin  ! Pourtant, de nombreuses équipes syndicales, y compris à la CGT, sont conscientes que cette stratégie ne permettra pas de gagner. Car elle ne permet pas un rapport de force suffisant et a un impact limité sur l’économie. C’est une grève épuisante pour toutes les équipes syndicales qui doivent remobiliser les grévistes chaque semaine sans bénéficier de la dynamique ni des AG quotidiennes ni d’une grève reconductible.

Surtout, cette modalité de grève dépossède totalement les grévistes de leur mouvement. Qui mieux que les grévistes eux-mêmes peut décider des revendications à porter et de la reconduction de la grève  ?

Confier les clés de la mobilisation aux seules fédérations syndicales alors que la plupart d’entre elles ne cherchent qu’une petite avancée de la part du gouvernement pour obtenir une sortie honorable du conflit serait inacceptable. Dès lors, la seule solution est de renforcer la présence dans des assemblées générales dynamiques où chaque gréviste peut s’exprimer et faire des propositions. Des AG où peuvent également intervenir des délégué.es d’autres secteurs mobilisés pour créer des convergences réelles sur des territoires. Ce renforcement de la participation des grévistes est essentiel car c’est ce qui permettra à la grève de tenir et de déborder. Or, pour l’instant dans de nombreuses assemblées générales, trop peu d’initiatives sont prises et les grévistes se contentent de suivre les modalités définies par les fédérations CGT, UNSA et CFDT. Encore une fois, les grévistes qui ont fait le choix de s’inscrire dans le préavis de deux jours sur cinq, ne voient que peu d’intérêt à participer à des AG où tout est déjà décidé à leur place…

C’est donc une situation inédite à laquelle nous sommes confrontés, où les assemblées générales de grévistes ne cherchent pas à s’émanciper des mots d’ordre ni des modes d’actions des fédérations syndicales et nous ne pouvons nous résigner à un tel recul de l’auto-organisation des salarié.es. «  Durcir le mouvement  » et «  faire converger les luttes  », si ce sont des mots d’ordre justes, doivent correspondre à des réalités.

La grève interprofessionnelle du 19 avril a permis de mobiliser des salarié.es de nombreux secteurs mais quelles perspectives de luttes au-delà de cette journée d’action dans l’énergie, à la RATP, dans la fonction publique hospitalière ou la finance publique  ?

Relancer la mobilisation pour gagner

Quelles actions communes à développer avec les étudiant.es mobilisés et les équipes syndicales de nombreux secteurs qui cherchent l’étincelle pour faire exploser la colère sociale qui couve  ? Multiplions les initiatives pour déborder des cadres qui nous sont imposés et redonner la confiance aux travailleuses et travailleurs pour reprendre leurs affaires en main !

Mathieu (AL Saint-Denis)

 
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