Salon mondial du nucléaire : La grand-messe des marchands de mort

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Le premier Salon mondial du nucléaire se tient du 14 au 16 octobre au Bourget (93), en même temps que sera débattue la loi sur la transition énergétique… qui fait déjà la part belle aux industriels du nucléaire.

L’industrie française du nucléaire se félicite d’organiser le premier rendez-vous mondial de business pur de la filière. Appelé à devenir biennal, ce « Bourget du nucléaire » se veut un salon d’affaires international avec plus de 400 exposants.

Démagos, les organisateurs vantent les retombées commerciales et ­d’image pour les PME du secteur, et la perspective de 110.000 emplois générés par le « développement du nucléaire mondial à partir de la France ». Ce chiffre est bidon puisqu’avec trois EPR en construction ou en projet (Flamanville et deux autres en Finlande et en Chine), Areva ne dépasserait pas 15.000 créations, et encore. Mais il faut bien justifier le soutien des gouvernements successifs à la filière.

D’ailleurs c’est presque l’État français qui est à l’origine du salon : le Conseil de politique nucléaire (où siègent ministres de l’Énergie, du Commerce extérieur, des Affaires étrangères, etc…) a créé en 2011 le Comité stratégique des filières nucléaires (CFSN que préside Henri Proglio, PDG d’EDF), qui ensuite a impulsé L’Association des industriels exportateurs de nucléaire, dont la première mission… fut de monter le salon.

Et en plus, c’est vous qui le payez ! Le budget d’organisation est secret, mais il semble que des fonds ministériels y aient contribué.

Une filière à l’offensive

En tenant salon au même endroit que la 21e conférence des Nations unies sur le climat (COP21) de décembre 2015, et en même temps que le débat de la loi sur la transition énergétique, les nucléocrates français cherchent autant à (re)conquérir des parts de marché qu’à poser le nucléaire en alternative aux énergies émettant des gaz à effets de serre et notamment aux énergies fossiles, perpétuant le mythe d’une énergie nucléaire décarbonnée.

Le problème c’est qu’ils ont déjà infléchi les dispositions de la loi. Le « mix énergétique » de la ministre de l’Écologie prétend brider la production nucléaire française, mais on peut réduire la part du nucléaire dans la consommation d’énergie à 50% en 2025 tout en maintenant la production au niveau, grâce à cet horizon trop lointain de 2050 pour diviser par deux l’énergie totale consommée.

Autre exemple, le salon vante le savoir-faire français en matière de sûreté, « mondialement reconnu » et exportable. Un comble puisque le lobby du nucléaire a réussi à saper l’obligation de contrôle par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) du démantèlement des centrales arrêtées, en obtenant une modification du Code de l’environnement, où l’exploitant devra démanteler « le plus rapidement possible », mais selon des procédures à définir par décret ultérieur.

Et devinez dans quel projet de loi se trouve ce détricotage ? De nouveau dans celui de Ségolène Royal.

Opiniâtre et arrogant, le lobby du nucléaire ne se contente pas de travailler dans l’ombre, il persiste et signe avec une vitrine mondiale. Pour répondre à ces deux offensives, une manifestation se tiendra à Paris le 11 octobre à l’initiative du réseau Sortir du nucléaire.

Fanny (commission écologie)

 
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