Sans papiers : L’État pris en tenailles

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Malgré une récente mais sensible évolution de l’opinion publique en faveur de la régularisation, le gouvernement continue de décliner la politique de la forteresse assiégée adoptée par l’Europe. Aucune mesure de régularisation, mais la multiplication et l’extension des Centres de rétention, l’adaptation de la circulaire européenne de retour....

L’occupation de l’immeuble rue Baudelique à Paris XVIIIe, par les Collectifs de sans-papiers et autres actions, n’ont permis aucune ouverture en faveur de leur régularisation.

En parallèle, la réelle efficacité du Réseau éducation sans frontières ne doit pas masquer le fait qu’aucune avancée significative n’a été obtenue ni pour les familles ni pour les jeunes majeurs scolarisés. La grève des travailleurs sans papiers a lancé une nouvelle offensive, sur un terrain nouveau, plus directement économique.

Billard à trois bandes

Face à ce mouvement de grève qui entame son sixième mois, le ministère de l’immigration n’a pas bougé d’un iota sa ligne idéologique. En revanche, le patronat commence à trouver, lui aussi, le temps long. Entreprises occupées avec répercussions multiples, difficulté à embaucher de la main d’œuvre sans papiers sur fond de grève alors que les beaux jours arrivent, que les chantiers se multiplient et que les touristes reviennent. Les patrons n’apprécient guère que la sacro-sainte libre concurrence soit faussée par ceux qui embauchent massivement des travailleurs sans papiers, favorisant la baisse du coût du travail et des prix et... arrachent les marchés ! Certains groupes patronaux, comme Ethic, se sont exprimés dans la presse en faveur de la régularisation rapide des travailleurs sans papiers.

Les organisations syndicales soutenant la grève (CGT, CFDT, Unsa, FSU et Solidaires) ont ainsi rédigé avec certains représentants patronaux (CGPME, Ethic, Veolia) une « approche commune entre employeurs et organisations syndicales sur les conditions d’obtention d’autorisations de travail et de séjour », qui propose des mesures de régularisation rapides sur la base d’un an d’activité salariée, sans conditions de présence antérieure. Ce document, qui réclame une réunion tripartite organisations syndicales-patronat-ministère du travail a été envoyé au ministère du travail le 8 mars, mais c’est celui de l’immigration qui y a répondu, condamnant cette proposition au nom de « l’appel d’air » qu’elle provoquerait ! Le texte, soumis aux grandes entreprises du bâtiment – excepté Bouygues qui refuse tout dialogue –, du nettoyage, de la restauration ainsi qu’aux différentes fédérations patronales a, depuis, reçu le soutien de nombre d’entre elles.

Des alliés de circonstance ?

L’issue positive du mouvement dépend donc du rapport de force en cascade grévistes-patrons-gouvernement. À l’heure où ces lignes sont écrites, nombre d’incertitudes demeurent quant à l’action réelle qui sera déployée en direction du gouvernement par le patronat, convaincu de la nécessité de régularisations massives et rapides, et qui refuse de se placer dans le débat des flux migratoires. Mais quelles conditions le patronat va-t-il exiger ? La fin des occupations en préalable ? Le nouveau ministre du travail nommé après le second tour des élections régionales ne sera-t-il pas tenté de se concentrer plutôt sur le dossier des retraites ? Quels seront les ministères concernés par le processus ? Possible signe d’avancée : deux délégations, l’une du bâtiment et l’autre réunissant six femmes de Droits devant ! et de Femmes Égalité ont été reçues respectivement par le ministère des affaires étrangères le 22 mars, et par le cabinet du secrétaire d’État chargé de l’Emploi avec le directeur de l’Agence nationale des services, pour discuter de la nécessité d’établir des critères généraux objectifs et simples pour tous les travailleurs et travailleuses sans papiers.

La course contre la montre est engagée pour gagner avant que ne s’épuisent les grévistes.

Chloée (AL 93)

 
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