Sans papiers : L’effet boule de neige

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Depuis plusieurs mois des grèves de travailleurs sans papiers se multiplient. La question qui se pose maintenant est de les lier à la revendication d’une régularisation globale.

Les luttes actuelles ne sont pas le fruit du hasard mais trouvent leurs racines dans un travail de syndicalisation des travailleurs et des travailleuses sans-papiers. Dans le cadre du collectif Unis contre une immigration jetable (Ucij), un travail unitaire (CGT, CNT, Solidaires, FSU) a permis d’élaborer et de diffuser massivement un matériel d’information des droits du travail pour les sans-papiers. L’obtention de régularisations pour les cuistots en grève dans le restaurant La Grande Armée à Paris (voir AL n°172, avril 2008), appuyés par la CGT et Droits devant !! (DD !!) a facilité la construction d’un mouvement plus large et a fait émerger la figure des travailleuses et des travailleurs sans papiers, payant la cotisation sociale mais sans aucun des droits sociaux liés à ces cotisations.

La circulaire Hortefeux catégorisant les possibilités de régularisation par métiers et nationalités, dans la logique nauséabonde « d’immigration choisie », a donné un cadre d’intervention pour réclamer des régularisations par le travail. La multiplication des grèves initiées dans un premier temps par la CGT et DD !!, en ne se fondant pas sur les critères de métiers gouvernementaux, ont pris de court le gouvernement et le patronat (lire AL n°173, mai 2008).

L’État temporise

Face à cette mobilisation sans précédent, le gouvernement a tenté de jouer la temporisation en acceptant de traiter « favorablement » les 1 000 dossiers de régularisation déposés par la CGT et DD !!. Plusieurs semaines après, on voit clairement qu’il s’agit d’une stratégie de pourrissement, Hortefeux misant sur l’épuisement des grévistes. Évidemment, si quelques patrons se déclarent favorables à la régularisation de leurs salarié-es, ce n’est pas le cas d’une majorité bien contente d’avoir un personnel ultra flexible pouvant travailler des dizaines d’heures en plus chaque mois, sans pouvoir protester. Actuellement, moins de 10 % des dossiers déposés ont abouti favorablement.

En construisant une lutte auto-centrée, la CGT a pris le risque de ne pas appuyer une dynamique intersyndicale qui favoriserait un élargissement de la lutte, ni de se concerter avec des associations concernées ayant une réelle expérience, comme le Gisti, RESF… De même la crispation peut être forte pour les collectifs de sans papiers qui n’ont pas été directement associés, comme le montre l’occupation à Paris de la bourse du travail par la coordination 75 (lire article ci-dessous). L’union syndicale Solidaires est entrée dans la partie en initiant à Paris avec la CNT l’occupation de restaurants sur les Champs-Élysées, ainsi qu’une grève dans le secteur du nettoyage fin mai.Une seconde vague de grève a suivi.

Développer la solidarité

Aujourd’hui les enjeux sont multiples : étendre la lutte dans toutes les régions, pour ne pas être concentré qu’en région parisienne, mais aussi multiplier les luttes unitaires dans l’ensemble des secteurs professionnels (essentiellement bâtiment, nettoyage et restauration) pour montrer la pluralité de la présence des travailleuses et travailleurs sans papiers. Tout cela peut se faire dans le cadre d’une nouvelle vague de grèves qui permet de renforcer le rapport de force.

Il est également primordial de développer un maximum de solidarité avec ces luttes, comme c’est le cas à Paris [1], que ce soit par des manifestations ou des caisses de solidarités financières.

Il s’agit également de pousser à la convergence des luttes : extension dans les entreprises concernées aux travailleuses et travailleurs « avec papiers » permettant de démontrer une réelle solidarité et de gagner sur les conditions collectives de travail et de rémunération, extension également dans les chaînes touchées par ces grèves (comme Fabio Lucci, Bistro Romain, Véolia…) pour créer un rapport de forces avec le patronat.

Au-delà, il faut continuer à faire le lien avec les politiques européennes en train de se mettre en place qui cherchent à renforcer une Europe forteresse.

Lucien Pivert (Paris Sud) et Simon Laviec (Paris Nord-Est), le 20 mai 2008

[11. voir à ce sujet le blog d’AL à Paris http://al.paris.over-blog.com

 
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