Sans-papiers intérimaires : 1, 2, 3… 100 grèves-occupations

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Depuis le 15 avril, près de 2 000 sans-papiers se sont mis en grève en région parisienne avec l’appui des syndicats et associations. Les régularisations qui semblaient impossibles il y a encore un an sont à portée de main, même pour les intérimaires.

Depuis le début de l’année, ce sont plus de 200 régularisations qui ont déjà été gagnées pour 2 000 grévistes. Les grèves ont prouvé leur efficacité à tel point que, dans quelques conflits récents (resto Oreto à la Cité des Sciences dans le XIXe ou entreprise de nettoyage ISS dans le XVIIIe), une seule journée de grève-occupation a suffi ! Les patrons ont immédiatement lâché pour convertir les contrats précaires en CDI et accompagner les dossiers en préfecture.

Quasi absents des deux premières vagues de grève, les sans-papiers intérimaires ont rejoint le mouvement mi-juin, à Perfect Intérim, puis à Man-BTP, début juillet (Voir AL n° 177, octobre 2008). Depuis fin septembre, des dizaines d’autres sans-papiers occupent trois agences d’intérim dans le XIIe. Les 15 000 intérimaires sans papiers sont une véritable bombe à retardement sociale, en particulier dans les Xe et XIIe arrondissements de Paris où se concentrent la plupart des agences parisiennes.

En France, le BTP est le premier client de l’intérim. Sur certains chantiers, seuls les cadres et agents de maîtrise ont des CDI [1]. Beaucoup de sans-papiers travaillent depuis des années, via l’intérim, pour le même donneur d’ordre et ce dans l’illégalité la plus totale : la loi prévoit que la durée des missions n’excède pas 18 mois… Au-delà, le salarié peut obtenir la requalification de son contrat en CDI.

Les manifs font bouger les lignes

Hortefeux, à plusieurs reprises, a catégoriquement exclu d’étendre la régularisation par le travail aux intérimaires…Mais la grève massive des sans-papiers de Man BTP a tout changé : 88 sans-papiers intérimaires en grève, prêts à tenir des mois s’il le faut avec l’appui de Solidaires, de Droits Devant !! et d’un Comité de soutien local très large (avec même la mairie PS du Xe) [2].

La détermination des grévistes a fait bouger les lignes. La manifestation sur un chantier Vinci à La Défense le 26 août, la participation surprise à la présentation des comptes de Bouygues et Eiffage le 29 août, l’occupation du chantier Bouygues à Jussieu le 11 octobre par 500 sans-papiers et soutiens (pour la journée portes ouvertes des chantiers du BTP) suivie d’une manif sauvage vers la Préfecture de police : les grands donneurs d’ordre du BTP, sauf Bouygues, ont accepté des négociations.

Reste le cas de Bouygues. Si le groupe de l’ami du président refuse de reconnaître son recours massif, depuis des années, aux sans-papiers intérimaires, et d’en tirer les conséquences (comme les autres grands du BTP), la mobilisation l’y contraindra…

Le mouvement, en montrant que les sans-papiers sont des travailleurs comme les autres et avec des droits a contribué, au même titre que RESF, à modifier le regard de la société et à retourner l’opinion, de plus en plus favorable à la régularisation des travailleurs sans papiers.

Ce n’était qu’un début

Aux 1 200 régularisations de grévistes, il faut ajouter des milliers de régularisation « en douceur », suite à des dépôts plus ou moins spontanés de dossiers par des entreprises. Et ne pas oublier les augmentations de salaires qui ont accompagné la remise à plat des contrats, le paiement d’heures sup et des congés payés, des dizaines de salariés au noir enfin déclarés. Mais le plus important c’est peut-être la dignité conquise de haute lutte par des milliers de sans-papiers, la progression de la syndicalisation dans des secteurs délaissés du salariat, la fierté de nombreuses et nombreux syndiqués et de militants d’avoir grippé la machine à expulser.

Thierry (Paris)

[1Voir à ce sujet le livre issu de la thèse de Nicolas Jounin, Chantier interdit au public, La Découverte, 2008.

[2A lire, leur journal en ligne Sans-papiers mais pleins d’espoirs, sur www.espoirs.info

 
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