Sans-papiers : rafles à Paris

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Vous êtes choqué-e par l’expression ? Attendez de voir la réalité. Depuis deux ans, la police française applique la politique du chiffre de son ministre. Les méthodes policières évoluent et les militants s’organisent pour y faire face. Coûte que coûte, les rafles continuent à Paris.

Voilà maintenant deux ans que des “ arrestations massives opérées par la police à l’improviste ”, comme le dit le dictionnaire Trésor, ont lieu dans les quartiers populaires de Paris et de sa proche banlieue. C’est l’application concrète de la politique voulue par le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy. Cette politique, c’est la politique du chiffre, aussi inutile qu’arbitraire, que ce soit pour les délinquant-e-s, pour les militant-e-s, mais surtout pour les sans-papiers. Au mépris des situations individuelles, il faut expulser à tout prix, quitte à tomber dans des comportements odieux, comme ce jour de l’été 2005 où à Belleville un père a été séparé de sa fille pour être emmené en rétention, laissant celle-ci aux voisins présents.

Les rafles continuent

Sur réquisition du procureur de la république, la police a le droit de réaliser des contrôles d’identité dans un périmètre donné. La seule infraction retenue dans ces rafles est celle de défaut de papiers. Ainsi, c’est l’organisation par les services de l’État du délit de faciès : on suppose un délit et on le juge sur la mine. Ajoutez à cela la surprise de l’opération et l’on retrouve l’atmosphère abjecte des années noires de l’Occupation. Quartier bouclé, métros investis, contrôles jusque dans les cafés et les commerces, cars de CRS, voilà sur quoi on peut tomber en rentrant chez soi.

Depuis bientôt deux ans, les techniques policières évoluent mais la logique reste la même et les rafles se poursuivent. En effet, l’organisation de la résistance par les habitantes et les habitants a poussé la police à se faire plus discrète, les déploiements policiers de grande envergure suscitant l’indignation, voire la révolte comme ce fut le cas à Château-d’Eau le 5 octobre 2005, où la police avait dû partir sous une pluie de projectiles.

Au carrefour des arrondissements de l’est de Paris, le quartier de Belleville, historiquement lié à l’immigration, a été et est encore particulièrement touché par ces descentes de flics : pas moins de quatre alertes en trois semaines pendant la période des fêtes de fin d’année pour le réseau militant qui s’est constitué. Mais désormais les policiers ne sont pas plus d’une vingtaine, ils ratissent les rues par équipe de deux ou trois à la recherche du visage délictueux, effectuant des tours jusqu’à voir qu’ils ne font plus le poids face au groupe de militantes et de militants. Ils ont même poussé le vice jusqu’à effectuer leurs rondes dans le quartier à partir du commissariat, ce qui n’a pas empêché la mobilisation.

La résistance s’organise

Pour lutter contre les rafles, un réseau de veille s’est mis en place dans le quartier de Belleville : quand l’alerte est donnée, il faut prévenir du monde par tous les moyens. C’est en investissant la rue que la police l’abandonne. Il faut être réactif-ve et vigilant-e, et quand on ne peut pas s’opposer aux flics parce que l’on est pas assez nombreux-ses, il s’agit de prévenir les habitantes et les habitants dans les rues alentours, surtout quand ils ratissent discrètement ces rues. Mais si la réaction conjointe des militant-e-s et des habitant-e-s du quartier permet de chasser les policiers, cette solution reste précaire. C’est pourquoi les colectifs Unis contre une immigration jetable (UCIJ) et le réseau Éducation sans frontière (RESF) du XIXe et du XXe arrondissements, où leur l’activité est très importante, ont décidé d’organiser des rassemblements mensuels (les deuxième mardis de chaque mois au métro Belleville) 1 pour montrer l’opposition aux rafles, dans une perspective politique de régularisation de toutes et tous les sans-papiers.

La lutte contre les rafles est exemplaire pour poser le problème de la désobéissance à la loi comme mode d’action. En effet, les moyens légaux de s’opposer à ces méthodes ne sont aucunement à rejeter, mais ils s’avèrent tout simplement inefficaces face à un ministre aussi déterminé ou devant un policier tout aussi résolu, l’un et l’autre ayant justement la loi avec eux. C’est en s’opposant directement aux rafles (par des slogans, de l’information dans le quartier ou, parfois, l’utilisation de la violence) que celles-ci s’arrêtent. Allez donc parler de la déclaration des droits de l’homme ou du code de déontologie de la police nationale à un flic en train de contrôler un individu pour infraction à la couleur de peau !

Ceux et celles qui ont essayé s’en sont retourné-e-s rouges de honte ou de colère selon les tempéraments. C’est pourquoi aujourd’hui comme hier notre réaction face à ces ignobles descentes policières restent la désobéissance.Tant que la loi sera avec eux, nous irons contre la loi !

Manu (AL Paris-Nord/Est)

 
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