Services publics en Seine-Saint-Denis : une eau au goût amer

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Le 30 novembre, le conseil communautaire d’Est-Ensemble (Seine-Saint-Denis) a voté sa réadhésion au Syndicat des eaux d’Ile-de-France, pour la gestion de l’eau. Autrement dit  : remettre les habitants et habitantes entre les griffes de Veolia.

La population, les associations et les organisations politiques progressistes se mobilisent depuis quelques mois pour une gestion publique de l’eau de la communauté d’agglomération Est-Ensemble, qui regroupe neuf communes de Seine-Saint-Denis. Après l’empêchement d’un premier vote  [1], la majorité PS de la communauté d’agglomération n’a pas lésiné sur les moyens pour passer en force  : 50 vigiles d’une obscure société apparemment non déclarée en préfecture protégeaient Bertrand Kern, maire de Pantin et président de la communauté d’agglomération, ainsi que ses petits camarades. Patte blanche exigée pour accéder à la salle du conseil, fouilles, intimidations voire insultes étaient au programme  [2].

C’est dans ces conditions qu’une courte majorité (composée du PS, d’une partie du PCF, de l’UMP et du MODEM) a voté la réadhésion au Syndicat des eaux d’Ile-de-France (Sedif). Les circonstances de ce vote sont ubuesques  [3]. Tous les défenseurs de Veolia ont démontré leur incompétence et leur méconnaissance du dossier, mais surtout leur tartufferie  ! En effet, c’est en promettant d’étudier la possibilité de mettre en place d’une régie publique d’ici à deux ans que le PS a voté la réadhésion au SEDIF… pour 12 ans  ! Santini, le président du Sedif, a d’ailleurs rappelé ensuite la dure réalité  : hors de question de ressortir du Sedif avant le terme du contrat.

Le PS se prend pour Harry Potter

Une convention provisoire de deux ans aurait été la solution, le temps de mettre en place une régie publique de l’eau. Kern et le PS ont refusé d’envisager le 30 novembre cette option prétendant qu’elle était irréalisable… avant de sortir du chapeau le 14 décembre une convention provisoire de trois mois renouvelable afin de gérer les problèmes de délais juridiques. Une seule explication  : Kern doit avoir une baguette magique  !

L’hypocrisie du PS reste sans limite. En effet, la convention pour l’égalité réelle, adoptée récemment par le PS à grand battage médiatique, revendique explicitement l’eau comme bien public et se fixe comme but de «  favoriser la maîtrise citoyenne du service public de l’eau  ». L’ensemble des élus PS d’Est Ensemble ont pourtant bien fait tout le contraire en se donnant à l’antidémocratique Sedif et à Veolia. Prétendre d’un côté défendre la gestion publique de l’eau, et l’empêcher de l’autre  : le PS devra rendre des comptes un jour ou l’autre.

Comble de l’incohérence, le PS, cette fois pour la région Ile-de-France, a adopté un amendent (Front de gauche et Alternatifs), permettant aux collectivités locales de bénéficier d’une subvention finançant des expertises indépendantes dans le but de pouvoir faire le choix de leur opérateur (Régie publique ou opérateur privé) en toute connaissance de cause. Les socialistes ont décidément quelques problèmes de communication  !

En attendant, les séquanodyonisiens et séquanodyonisiennes d’Est-Ensemble vont continuer à payer l’eau trop cher, au profit des actionnaires de Veolia. Et nous allons continuer à boire une eau posant des problèmes de santé publique liés à l’aluminium, du fait de choix technologiques douteux de la multinationale.

Nous ne baissons pas les bras

Le mal est fait, mais le réseau qui s’est constitué contre cette arnaque perdure. Les informations sur les suites ou les recours possibles continuent à être échangées. Dans la continuité de notre soutien au réseau Alter-Agglo93, le collectif Alternative libertaire Seine-Saint-Denis a soutenu et soutient toujours la lutte pour une gestion publique de l’eau.

Si les suites collectives ne sont pas encore clairement définies, il faut tout de même constater un élément positif dans cette mobilisation  : des organisations qui n’avaient pas forcément l’habitude de travailler ensemble en Seine-Saint-Denis ont su se coordonner, organiser en commun des réunions d’information, une campagne de pétition, des distributions de tracts et des actions lors des conseils communautaires.

Laurent Scapin et XG (AL 93)

[1Voir Alternative libertaire de décembre 2010

[2Voir l’appel à témoignage sur www.expression93.fr

[3eauidf.blogspot.com

 
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