Solidaires : Un congrès pour un syndicalisme de combat

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Solidaires a tenu son sixième congrès national, du 2 au 5 juin à Dunkerque (Nord). Forte de 110 000 adhérents, l’union syndicale incarne un syndicalisme à la fois massif et de lutte de classes, crucial pour les combats à mener contre les capitalistes.

Trois cent cinquante délégués des fédérations professionnelles (ou syndicats nationaux) et des unions départementales interprofessionnelles (Solidaires départementaux) ont assisté au sixième congrès de l’union syndicale Solidaires. Cinq résolutions ont été débattues, amendées et approuvées  ; deux débats sans vote complétaient l’ordre du jour traitant au final de sept grands thèmes : la redistribution des richesses, la construction d’une société fondée sur des rapports sociaux égalitaires  ;

  1. l’égalité entre les femmes et les hommes  ;
  2. le maintien et le développement de la protection sociale  ;
  3. la défense, l’extension et la démocratisation des services publics  ;
  4. la prise en compte de la santé au travail  ;
  5. la socialisation des moyens de production, l’autogestion  ;
  6. le renforcement de l’outil syndical.

La recherche du consensus

Plutôt que rechercher des majorités qui imposent leurs choix à la minorité (qui en réalité ne les appliquera pas si ça ne lui convient pas, ce qui affaiblit l’organisation et la portée des décisions prises), dans Solidaires la recherche du consensus est la règle. Certes, cela peut ralentir parfois des prises de décisions  ; en réalité, l’expérience montre que c’est peu souvent le cas. Ce fonctionnement représente une force car il évite les ruptures et solidifie l’organisation syndicale.

C’est dans cette optique que se sont déroulées les différentes étapes de préparation du congrès, garantissant des résolutions largement consensuelle au sein de Solidaires.

Cette priorité à la recherche du consensus interne est très politique. À l’inverse de certains courants politiques qui voient dans le syndicat un lieu d’affrontements où il faut systématiquement dégager des majorités et minorités par des votes, elle correspond à l’affirmation que c’est bien au sein du syndicat que se discutent et se décident les orientations, les revendications, les actions, etc., et à la volonté d’en faire le lieu où se rassemblent potentiellement tous les travailleurs et toutes les travailleuses, en tant que classe sociale autonome.

développement

Les différentes structures de l’union syndicale Solidaires rassemblent un peu plus de 110.000 adhérents. C’est beaucoup moins que les confédérations CGT ou CFDT, mais le rapport n’est pas si grand que ça. La question du développement pour Solidaires est cruciale aujourd’hui car c’est celle du changement d’échelle qui est posée. Indépendamment des positions défendues et de la présence ou non dans l’entreprise, la plupart des salarié-e-s connaissent CFDT, CGT ou FO ; il n’en n’est pas de même pour Solidaires (ni Sud).

Pour un syndicalisme qui, se revendique de l’action de classe et de masse, il est primordial de tenir les deux bouts : rester ferme sur la pratique, les revendications et les orientations, mais aussi se donner les moyens de gagner les luttes et de transformer la société en pesant dans les rapports de forces. Certains n’ont guère ce souci : celles et ceux pour qui Solidaires demeure en quelque sorte un accident de l’histoire car l’avenir est à une recomposition par le haut avec la FSU et la CGT, et d’autres pour qui la radicalité se confond avec le confort d’être entre soi, en totale déconnexion avec la réalité de la lutte des classes.

Un rééquilibrage entre « public » et « privé » s’est fait ces dernières années, notamment par un développement dans l’industrie, le commerce ou les transports urbains. Quasiment tous les secteurs d’activité sont désormais couverts, mais certains récemment et encore faiblement (l’intérim par exemple).

La difficulté à faire vivre un syndicalisme vraiment interprofessionnel demeure. Trop de militants considèrent que l’interprofessionnel est à voir dans les unions locales et départementales et pas dans la section syndicale et le syndicat local ; cela contribue à rendre l’activité interprofessionnelle extérieure aux collectifs de base. Comme dans les autres organisations syndicales, il y a une réelle difficulté à ce que les structures professionnelles dégagent les moyens matériels ou en temps militant nécessaires à l’interprofessionnel.

La place particulière de Solidaires dans le paysage syndical national pourrait se résumer ainsi : lors de ce congrès sont intervenu-e-s à la tribune des représentants de la CGT, de la FSU, de la CNT-SO et de la CNT. Au-delà de ce ­symbole, à propos de l’unité, la déclaration finale [1] du congrès appelle à « rassembler dans la durée les organisations syndicales qui, avec leurs différences et leurs divergences parfois, ont comme point commun de se réclamer du syndicalisme de luttes et d’agir pour la transformation sociale, quand d’autres s’inscrivent pleinement dans le cadre du libéralisme ».

Ce n’est pas le « syndicalisme rassemblé » (avec la CFDT) prôné par les responsables de la CGT et de la FSU, mais une ouverture vers l’ensemble des équipes syndicales qui assument l’affrontement de classes.

Socialisation, autogestion

Au plan international, le congrès a validé le travail réalisé ces dernières années, marqué notamment par l’émergence du Réseau syndical international de solidarité et de luttes [2] qui rassemble plus de soixante organisations syndicales d’Europe, des Amériques, ­d’Afrique et d’Asie. La CGT de l’État espagnol, CSP-Conlutas du Brésil et TIE-Allemagne qui, avec Solidaires, coordonnent les activités de ce réseau étaient représentées au congrès, ainsi que la récente confédération des syndicats autonomes d’Algérie (CGATA) et quelques structures professionnelles montrant la diversité du travail international dans Solidaires.

Une des deux « tables rondes » organisées durant le congrès portait sur ces thèmes. Le secrétariat national de Solidaires a indiqué qu’il s’agit ainsi de relancer réflexions et débats sur ces sujets dans l’organisation syndicale : pas entre « spécialistes », pas entre « nostalgiques », mais à la base, dans les sections, syndicats et unions locales. Pour cela, un effort est nécessaire en matière de réappropriation collective de textes, de positions, de bilans déjà connus ; mais ceci doit s’accompagner d’un travail concret sur les réalités d’aujourd’hui, à l’échelle de chaque entreprise, chaque service, chaque commune, sans méconnaître pour autant la mondialisation de la société.

Les histoires et cultures différentes au sein de Solidaires s’illustrent aussi sur cette problématique, mais il y a une volonté commune de s’atteler à ce chantier et ce n’est pas rien qu’une organisation syndicale de 110.000 membres décide aujourd’hui de parler « autogestion, socialisation des moyens de production, collectivisation, nationalisation, etc. » !

Entre un syndicalisme dont la « radicalité » est sans doute plus homogène mais les forces trop faibles pour peser sur la réalité de la lutte sociale à l’échelle nationale, et un syndicalisme plus puissant mais dont la majorité accepte l’intégration au système politique et économique, l’union syndicale Solidaires a indéniablement un rôle déterminant à jouer. C’est un enjeu qui ne peut nous laisser indifférents.

C. Mouldi (AL Transcom)

[1] Synthèse des priorités de l’union syndicale Solidaires pour les prochains mois, cette déclaration reprend des objectifs concrets (Notre-Dame-des-Landes, Blockupy, Alternatiba, traité transatlatique, Unédic, salaires et pensions, droit de veto…) en les situant dans une démarche politique d’ensemble : campagne nationale « Les capitalistes nous coûtent cher », antifascisme, féminisme, affrontement avec le patronat, rôle des institutions, etc. (à lire sur solidaires.org )

[2] A lire sur laboursolidarityandstruggle.org/site_francais/

 
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