Sommet de Durban : coup de show climatique

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La 17e conférence des Nations unies sur le climat tenue à Durban en Afrique du Sud du 28 novembre au 11 décembre 2011, a accouché d’un accord n’engageant en rien les gouvernements. Cet accord réussit même à être un recul par rapport au protocole de Kyoto signé en 1997.

L’accord conclu à l’issue de la 17e conférence des Nations unies sur le climat ne prévoit rien qui permette de combattre l’augmentation prévisible de plus de 4°C de la température moyenne sur Terre. Il est important de garder en mémoire que ces 4°C supplémentaires se traduiront par une fonte massive des glaces polaires, une augmentation du niveau de la mer, un dérèglement climatique avec multiplication des tempêtes, inondations, sécheresses, destruction de la biodiversité et des famines chroniques dans les pays du sud. Le protocole de Kyoto visait une baisse de 5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre en mettant en place trois mécanismes. D’abord, un système de marché de permis d’émission censé plafonner les rejets de CO2 en favorisant les modernisations. Ensuite, un mécanisme dit de « développement propre » donnant des droits de polluer compensés par des investissements dans des pays du Sud. Enfin, la mise en œuvre conjointe, permettant de générer des crédits d’émission, concerne les projets industriels ou forestiers et vise à lutter contre l’effet de serre.

[*Kyoto faisait confiance au marché*]

Au final le traité de Kyoto ne s’appuyait que sur des mesures faisant confiance au marché pour résoudre les problèmes de la planète. Faut-il s’en étonner, le marché n’a pas joué le jeu : « Il suffit de fermer des hauts fourneaux en Europe et de faire produire en Chine pour réduire les émissions européennes » [1]. Aujourd’hui 30% des émissions chinoises sont directement liées à la production de biens destinés à être exportés en Occident. Il est bon de rappeler aussi qu’en 1997, au moment de la signature du protocole « les Etats avaient déjà réduit leurs émissions de 4,8% par rapport à 1990, son année de référence. L’objectif de 5% est donc fictif, puisque la réduction était déjà atteinte » [2]. Malgré cela, de 1990 à 2008, le Japon a réussi à augmenter ses émissions de 6,5%, les Etats-Unis de 16%, l’Australie et la Nouvelle-Zélande de 25% et le Canada de 28%. La France ne les a diminuées que de 0,8%, quand l’Allemagne, qui a bénéficié de la chute des émissions de la RDA lié à son écroulement économique, pouvait afficher une baisse de 17% [3].

[*Durban ne tente même plus de faire semblant*]

Lors de cette 17e conférence sur le climat tenue à Durban, les gouvernements ont prévu un accord pour 2015 qui entrerait en vigueur en 2020… Ils ont entériné la non-application du traité de Kyoto : les gouvernements pourront continuer à ne pas respecter les obligations qu’ils avaient ratifiée Un « fonds vert pour le climat » a été mis sur pied, censé favoriser un développement propre des pays du Sud… Mais aucun financement n’a été prévu. Douze jours de spectacle pour faire croire que nos gouvernants se préoccupent des problèmes de la planète. Tant que nous ne serons pas capables de remettre en cause la domination capitaliste, aucune mesure adaptée ne sera prise contre les dérèglementations climatiques. Le Forum international de la globalisation (IFG), institut indépendant installé à San Francisco [4], pointe la responsabilité de cette poignée de milliardaires, étasuniens, russes, indiens, mexicains, européens, brésiliens, chinois ou israéliens qui ont construit leur fortune sur les activités les plus polluantes et qui disposent dans les cercles gouvernementaux de réseaux d’influence tentaculaires. Les sommets climatiques ne peuvent en conséquence pas être le cœur de la lutte contre les changements climatiques. Le problème nécessite une rupture avec l’ordre capitaliste.

Jacques Dubart (AL Agen)

[1Aurélien Bernier, Le climat, otage de la finance, éditions des Mille et une nuits, 2008, 163 pages.

[2Ibid.

[3Voir le site internet United Nations Framework Convention on Climate Change : unfccc.int

[4Voir l’ouvrage collectif en ligne Outing The Oligarchy, billionaires who benefit from today’s climate crisis sur le site internet www.ifg.org.

 
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