Syndicalisme : Auvergne : le blocage, carburant du mouvement social

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Des cégétistes qui bloquent un dépôt de carburant, le secrétaire de l’UD-CGT qui les menace d’appeler les flics, les ouvriers qui partent en grève, l’arrivée des gardes mobiles… Récit.


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Courant mai, on en a tous ras le bol de ces manifestations à répétition où on ne fait que marcher, avant que chacun rentre chez soi. Il faut passer à autre chose. Après une diffusion de tracts matinale, nous en parlons autour d’un café entre militants, principalement de l’union locale CGT de Cournon-d’Auvergne (63) et sans étiquette. Décision est alors prise de communiquer pendant la manif pour monter une action de blocage dans la foulée.

Le 17 mai, à 14 heures, une cinquantaine de personnes se mettent en route pour bloquer le dépôt pétrolier Total de Cournon. Les gens de Nuit debout Clermont-Ferrand nous rejoignent assez rapidement, ce qui permettra de tenir le blocage plusieurs jours et de favoriser la convergence des luttes.

Quarante-huit heures plus tard, l’ensemble des opérateurs du dépôt se mettent en grève… pour soutenir le blocage ! Un événement historique, à son échelle, car ce n’était jamais arrivé. Il faut dire que, contrairement aux raffineurs, les employés des dépôts pétroliers ne font presque jamais grève. Il s’agit de petites structures où nous sommes rarement plus de dix personnes, et très peu à être syndiqués.

La base impose sa volonté

Ce départ en grève est plus que bienvenu car le blocage, bien qu’impulsé par l’UL CGT ne va pas sans difficultés… De façon assez sidérante, le bureau de l’UD CGT du Puy-de-Dôme, au lieu de soutenir, essaie de faire cesser l’action, le secrétaire nous menaçant même d’envoyer les CRS ! Eh oui le secrétaire de l’UD… Mais qu’importe, c’est la base qui a imposé sa volonté.

Au bout de trois jours, l’impact du blocage devient réellement sensible : une bonne partie des stations-service du coin n’a plus de gazole, et pas mal de stations Total sont carrément fermées, contrairement à ce que peut dire la presse.

Le blocage va perdurer pendant six jours dans une très bonne ambiance : cégétistes, libertaires, nuit-deboutistes, sans étiquettes… Hélas je serai le seul gréviste du site à participer aux AG quotidiennes des bloqueurs. Dommage, car les discussions y sont riches et dressent des perspectives pour les luttes à venir – je les répercute après-coup aux collègues.

Les gendarmes mobiles cassent le blocage le 23 mai. Mais le personnel du site va continuer la grève encore pendant une semaine, empêchant les stations-service d’être alimentées. Et la mobilisation ne retombe pas : c’est un site Atac Logistique qui est ensuite bloqué, puis un dépôt pétrolier Bolloré, puis l’aéroport d’Aulnat.

Ce qui découle de ce genre d’action ? Un moral gonflé à bloc. L’envie de se battre encore, sans se résigner. Parce que c’est possible, qu’on a rencontré des gens d’horizons différents, capables de s’unir dans une même lutte. Et le sentiment que si cette pratique se banalise, on peut bloquer l’économie à l’occasion d’un grand mouvement social, et que ce sera un moyen imparable de se faire entendre.

Laurent (AL Auvergne)

 
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